Quelques faits marquants de l’histoire du tabac

Le capitalisme moderne a été, bien sûr, construit en partie pour faciliter le commerce international du tabac et celui d’autres marchandises produites sur des plantations esclavagistes tenues par des Européen.ne.s dans le « Nouveau Monde ». Jamestown, la première colonie britannique en Amérique du Nord, ne produisait presque rien en dehors du tabac (cette production était tellement forte qu’à un moment donné il a été utilisé comme monnaie). Les autres colonies apparues peu de temps après dans les Carolines ont adopté le même modèle intensif de production de tabac, enrichissant ainsi leurs investisseurs au détriment des esclaves, domestiques, populations autochtones et de la Terre. Les grosses sommes d’argent résultant de la production de tabac, ont poussé les colons britanniques à déclarer la guerre ouverte aux populations autochtones qui occupaient alors les terres alentours, ce qui lança un processus de vols et d’assassinats qui aboutira à l’un des plus horribles génocides de l’histoire humaine.

Le tabac a été, bien sûr, consommé par les autochtones bien avant l’arrivée des Britanniques, mais pas du tout de la même façon. Sa consommation était très rare et seulement dédiée à des fins rituelles ou religieuses. Contrairement aux fumeurs modernes, iels n’en consommaient pas régulièrement et son usage n’était pas dans un but récréatif. Il était généralement utilisé pour ses effets hallucinogènes, par des sorciers expérimentés ou des chamans, dans des doses extrêmement élevées. Donc, ne pensez pas que fumer des American Spirit, marque qui exploite sans gêne d’offensants stéréotypes à l’encontre des populations autochtones, vous rend différent de toute autre personne donnant son argent, durement gagné, aux riches entreprises afin de satisfaire sa dépendance (les American Spirit sont fabriquées par Reynolds American, entreprise productrice de cigarettes au chiffre d’affaires de 9,5 milliards de dollars, qui détient également les marques Camel et Winston).

Le tabac imbibé de sang envoyé par les envahisseurs britanniques a rapidement connu un important succès auprès de la population, et cela partout dans l’Empire britannique. Sa culture s’est développée de manière exponentielle, il fut rapidement conditionné sous de nouvelles formes : tabac à priser [consommé par inhalation ; NdT], à mâcher, cigare, à pipe… Et tandis que sa consommation touchait toutes les classes sociales durant les 300 premières années de sa popularité en Europe, elle fut presque exclusivement réservée aux hommes, ce qui limita grandement sa rentabilité. Fumer était généralement considéré comme non féminin et inapproprié pour les femmes, et quasiment aucune d’entre elles n’osait en consommer en public.

Reconnaissant cela comme un problème commercial, George Washington Hill, président de l’American Tobacco Company, embaucha en 1929 un homme nommé Edward Bernays afin d’élargir l’attrait du tabagisme parmi les femmes. Bernays organisa rapidement la plus ingénieuse des campagnes publicitaires de tous les temps en utilisant le plus important mouvement social de l’époque, la lutte pour le suffrage des femmes, comme un outil marketing pour les cigarettes.

Lors de la parade du jour de Pâques à New York [le 31 mars 1929 ; NdT], Bernays organisa la venue d’un groupe de jeunes femmes pour qu’elles allument toutes en même temps, devant les objectifs des photographes, des cigarettes qu’elles baptisent « torches of freedom » (les torches de la liberté). Fumer devenait alors l’acte symbolique du combat pour l’émancipation des femmes. Les photos publicitaires de ce coup marketing ont été envoyées aux différents médias et exposées dans le monde entier. Le tabou a été rapidement dissous et le tabagisme a été soudainement associé à la libération des femmes. Quelques femmes ont même demandé l’adhésion à certains clubs de fumeurs masculins, un acte très controversé à l’époque (qui illustre de belle manière pourquoi il est si important d’avoir une critique des privilèges, ne rejoignez pas le club, mettez-y le feu !). Pour son travail, Bernays a été grassement payé. Son employeur était sans doute heureux que la moitié de la population mondiale soit soudain devenue des consommateur.ices potentiel.les de tabac.

Ayant trouvé leur mine d’or, les entreprises de l’industrie du tabac n’ont pas vraiment beaucoup changé de tactique dans les 80 dernières années. Les cigarettes sont toujours étiquetées comme des produits relevant de la nervosité et de la liberté, les compagnies de tabac ont été particulièrement habiles pour que leurs produits restent branchés. Malheureusement, la communauté anarchiste a été un terrain fertile pour ces stupides stratagèmes marketing ! Quand je regarde autour de moi lors de rassemblements anarchistes et que je vois combien de personnes fument, cela me stupéfie de constater que tant de gens censé.e.s travailler à abattre le capitalisme, se laissent volontiers duper par une bande de capitalistes avec un produit toxique et un lancement intelligent.

Source : “Quit Smoking: A DIY Guide by Ex-Smokers” zine

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