Pourquoi je continue à saboter des chasses à courre en Angleterre alors qu’elles sont interdites depuis 10 ans

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En tant que saboteuse de chasse à courre, tous les samedis de la saison de chasse, je vais sur le terrain pour sauver des animaux sauvages. En août et septembre, lorsque les chasseurs dressent leurs meutes de chiens en tuant les renardeaux, cela signifie se lever à 3h du matin afin d’être prête à perturber le déroulement de ce « sport » qui démarre au lever du soleil. Certain.e.s d’entre vous se demandent ce qui peut motiver une personne ordinaire comme moi à consacrer une partie si importante de son temps libre à cette pratique. Et bien tout simplement parce que nous n’avons pas le droit de prendre la vie d’un autre être pour le plaisir. Et c’est grave d’appeler ça un sport. Ce qui est grave également, c’est les moyens mis en oeuvre qui créent un véritable déséquilibre – le renard n’a quasiment aucune chance de s’en sortir sans l’intervention des saboteurs.

J’ai commencé à saboter des chasses quand j’avais 19 ans, la chasse à courre était encore légale à cette époque. Je ne m’étais jamais considérée comme une amoureuse des animaux mais l’idée de voir un animal être déchiqueté en morceaux par des meutes de chien au nom du sport m’a toujours paru injuste. Je savais que je devais faire quelque chose pour arrêter cela. Alors que j’étais impliquée dans un groupe environnemental, j’ai entendu parler des sabotages de chasses et j’ai donc assisté à ma première réunion dans l’arrière-salle d’un bar crasseux. C’était un tout nouveau monde pour moi et je n’ai pas compris grand chose à tout ce qui s’est dit ce jour-là, mais j’étais déterminée à m’impliquer.

Mon premier sabotage de chasse fut une journée à la fois mémorable et horrible. J’étais pétrifiée lorsque nous nous sommes mis en route le matin, et je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre ; les autres membres du groupe étaient accueillant.e.s et rassurant.e.s cela dit. Ce jour-là, malgré nos efforts, les chasseurs ont tué un renard. Nous avons réussi à récupérer le corps et découvert qu’iels avaient tué une renarde enceinte ; deux de ses petits sortis de son corps déchiqueté étaient encore vivants. Nous n’avons rien pu faire, ils moururent tous les deux rapidement. J’étais écoeuré, mon estomac se retourne encore quand je pense à cette magnifique créature et sa mort brutale. Les chasseurs avaient l’air de trouver ça parfaitement acceptable.

Quelques semaines plus tard, notre groupe intervint une nouvelle fois et sauva un renard. Nous l’avons vu s’échapper dans un champ et pouvions entendre les meutes de chiens à ses trousses. L’un.e des saboteurs expérimenté.e.s utilisa sa corne de chasse pour distraire les chiens, donnant ainsi suffisamment de temps au renard pour qu’il puisse s’échapper. J’ai su à ce moment que je devais apprendre ces techniques. Ces deux incidents m’ont fait réaliser à quel point les saboteurs peuvent être efficace sur le terrain, et c’est la raison pour laquelle je continue à saboter les chasses à courre presque 20 ans plus tard.

En 2005 lorsque le Hunting Act 2004 est entré en vigueur, nous pensions que les sabotages de chasses ne seraient plus nécessaires et que nous pourrions passer à autre chose. Malheureusement ce ne fut pas le cas. Les chasseurs, tout en essayant de se montrer respectueux, décidèrent d’enfreindre la loi. A plusieurs reprises, chaque semaine. Pas des « accidents » occasionnels, mais bel et bien un mépris complet de l’Hunting Act. Furieux de voir leur « sport » limité par le gouvernement, les chasseurs ont tout simplement continué à harceler et tuer des renards, lièvres, cerfs et visons comme si de rien n’était. En raison d’un manque de compréhension, de soutien et d’intérêt de la part de la police et des services de justice, l’Hunting Act est finalement inefficace et la pratique de la chasse à courre se poursuit.

Les saboteurs utilisent l’action directe non-violente pour perturber les chasses. Nous nous soucions de tous les animaux, pas seulement des renards ou autres animaux chassés. Nous ne ferions jamais quoi que ce soit qui pourrait faire du mal aux chiens de meutes, chevaux ou même aux humains qui soutiennent activement et physiquement la chasse. Les chasseurs croient et propagent fréquemment toutes sortes d’histoires folles. Par exemple, ils affirment que nous avons été financés par le KGB mais aussi que nous vaporisons de l’acide sur les visages des chiens, que nous mettons en place des cordes de piano dans les bosquets afin de décapiter les chasseurs, ou même que nous poignardons les chevaux. Cela fait des années qu’ils propagent ces rumeurs. Pourquoi un mouvement composé d’activistes vegans attaquerait des animaux ? L’unique réponse est que nous ne faisons rien de tout cela et que nous ne le ferons jamais. Il y a quelques semaines, lors d’un procès contre quatre saboteurs de chasses, le juge déclara : « Vous contribuez énormément à la société, non seulement dans vos vies professionnelles mais aussi durant votre temps libre. Vous méritez des éloges pour ce que vous accomplissez ainsi que pour votre comportement. »

En revanche, les chasseurs utilisent bien souvent la violence et l’agression lorsque les saboteurs perturbent avec succès une mise à mort. J’ai été frappée à coups de poings, de pieds, on m’a crachée dessus et donné des coups de bâton alors que je sabotais des chasses. D’autres saboteurs ont vécu des situations pire que celles-là.

Mike Hill et Tom Worby ont été tués alors qu’ils perturbaient des chasses et personne n’a jamais été condamné pour ces actes. Steve Christmas et bien d’autres ont passé plusieurs mois à l’hôpital après s’être fait renversé volontairement par des cavaliers.

Cerise sur le gâteau, les policier.e.s ont des préjugés contre les saboteurs. Iels préfèrent travailler en tant que service de sécurité privé pour les chasseurs plutôt que de respecter la loi et de les empêcher de tuer des animaux. Même lorsqu’elle se retrouve nez à nez avec des « hommes de terrier » (leur présence est une preuve d’activité illégale, puisque ces derniers sont employés par les chasseurs afin de creuser dans les terriers et d’en extraire les renards avant de les jeter aux meutes de chiens), la police refuse d’agir.

Le premier ministre britannique David Cameron a promis à plusieurs reprises d’abroger l’interdiction de la chasse. Cela a simplement mis en avant le fait que la chasse à courre continue encore. La majorité de l’opinion publique pense que ce « sport » a disparu il y a dix ans, et est choquée de voir qu’il existe toujours. Cependant, nous avons de l’espoir. Le nombre de saboteurs a grandement augmenté ces trois dernières années, en partie à cause des abattages de blaireaux organisés par le gouvernement qui se sont montrés très impopulaires.

Ainsi, la situation de la chasse à courre dix ans après son interdiction est quasiment identique à la situation dix ans auparavant. Partout dans le pays, les chasses continuent de massacrer des animaux bien que ce soit illégal. Quant aux saboteurs, iels réussissent toujours autant à les perturber. Une chose est sûre : tant que des personnes tueront au nom du sport, il y aura des saboteurs.

Source : http://www.theguardian.com/commentisfree/2015/mar/30/sabotaging-fox-hunts-banned-police-judiciary

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