Fierté coloniale et le meurtre du lion Cecil

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L’attention portée au meurtre du lion Cecil est incroyable. Le fait qu’un immense poster ait été déposé sur la facade de l’Empire State Building, à New York, le prouve. Mais cet étalage impérial de sympathie pour la vie sauvage cache une vraie hypocrisie.

L’idée qu’un homme blanc des États-Unis puisse aller jusqu’en Afrique, lors de son temps libre, avec l’intention de tuer un animal ‘exotique’ n’est en aucun cas nouvelle. Depuis des centaines d’années, la chasse aux trophées a toujours fait partie d’un système colonial dans lequel les pays non-européens sont devenus des cours de jeu cathartiques, où le mode de vie occidental, ennuyeux et banal, pourrrait respirer, se décharger, à travers des quêtes suprêmement égoïstes de sang et de gloire.

La chasse aux trophées faisait partie de la colonisation interne des États-Unis. La chasse aux buffles était perçue comme une sorte de sport national lors de l’expansion vers l’Ouest – expansion justifiée comme domination d’une terre sauvage par une force de purification plus puissante. Alors que les buffles ont été amenés au bord de l’extermination par les colon.ne.s américain.e.s, l’Afrique a été de plus en plus colonisée, et les terres de Serengeti devinrent le nouvel endroit prisé pour la chasse aux trophées. Les grandes valses et bagatelles qui ont honoré les fêtes et festins somptueux de la cour impériale du 19ème siècle ont été pratiquées sur l’ivoire des conquêtes majestueuses de l’Afrique. La vie sociale des colon.ne.s a été constamment rendue meilleure par le sang des colonies. Et en dépit de ce que nous pourrions penser, cela est toujours d’actualité.

Il y a toujours eu quelque chose de particulièrement colonialiste dans la représentation de l’explorateur courageux et du chasseur de trophées, qui parcourt le monde pour tuer les derniers restes de vie sauvage dans le but de céder la place au propre et sain progrès occidental, sous la forme de l’exploitation continuelle à travers l’extraction minière, la déforestation, et les plantations. Sa domination de la nature représente bizarrement sa propre domination. Il est devenu le maître de l’univers en fabriquant une identité basée sur la subversion de ce qu’il présume être son propre secret, une nature plus féminine, qui est le plus souvent associée aux personnes non-blanches et aux peuples colonisés.

Theodor Roosevelt, farouche partisan de l’eugénisme et de la mission de l’homme blanc de coloniser le monde, est probablement le chasseur de trophées le plus connu au monde. Ses propres tentatives infructueuses d’élevage le rapprochèrent d’un homme identifié comme le premier national-socialiste, le Marquis de Morès, qui exposera plus tard ses croyances eugénistes afin d’élever les « réserves humaines » appropriées (un concept qui est similaire aux notions ataviques de la « noblesse héréditaire »).

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L’administration de Roosevelt est le plus souvent connue pour son « environnementalisme », à travers Gifford Pinchot, un occultiste qui accumula ses connaissances en « hygiène forestière » des plus grands esprits en la matière de France et d’Allemagne (ce dernier service forestier a d’ailleurs utilisé le symbole de Wolfsangel, repris plus tard par les nazis).

Pour Pinchot, la forêt était un lieu hygiénique pour que l’humain.e recrée; cependant, afin d’en exploiter les ressources naturelles, la forêt devait être nettoyée légèrement – des grands arbres poussant rapidement devaient être plantés dans un ordre précis afin de rendre l’accès facile aux bûcherons, de sorte que la conquête impériale puisse continuer son avancée. Encore aujourd’hui, le service des forêts des États-Unis considère qu’une forêt « saine » est une forêt où les arbres sont fréquemment coupés.

Réclamer son territoire

Lorsque la personne occidentale tue un animal natif, iel réclame son territoire et prouve sa valeur reproductrice, sa virilité. Iel s’approprie un territoire qui devient ainsi occidentalisé, sur lequel iel apportera éventuellement son « bétail » ou ses plantations – un endroit où sa progéniture pourra s’implanter. Par le meurtre de l’animal, la fierté coloniale s’établit.

Avec la recolonisation de l’Afrique qui se déroule à travers des millions et des millions d’hectares d’accaparement de terres, non pas seulement par l’Atlantique Nord, mais aussi par l’Inde, le Brésil, l’Arabie saoudite, la Russie et la Chine, la chasse aux trophées est en train de redevenir une démonstration de force coloniale.

L’abattage des buffles sauvages, a ouvert le passage pour la dévastation de l’Ouest avec l’élevage sur un habitat non-natif, qui a également, par la suite, contribué à la hausse des émissions à effet de serre. Aujourd’hui, les terres africaines sont matraquées par la sécheresse induite par le changement climatique, ce qui rend encore plus difficile la survie des espèces indigènes.

La chasse aux trophées est, alors, presque un geste symbolique de la personne blanche se confrontant agressivement à l’autochtone dans un affichage inutile de dominance. Cela est similaire à ISIS qui détruit les monuments historiques, ou peut-être plus directement, à Napoléon pointant ses canons sur le Sphinx. Mais c’est justement ce que toute l’attention portée à Cecil oublie de souligner.

Une fin à tout cela

Nous ne pouvons pas avoir un colonialisme « compatissant », « doux », un colonialisme où les espèces natives ne sont pas poussées hors de leurs réserves, et sans que les accaparements de terres ne continuent à croître. Les machines de domination coloniale en plein essor rendent la planète inhabitable pour les espèces natives, et cela de partout. Lorsque sauver leur vie devient tout aussi symbolique que les tuer dans des chasses aux trophées, nous avons alors perdu toute la valeur de la biodiversité.

Comme beaucoup l’ont déjà démontré, la chasse aux lions et aux éléphants en Afrique, ou la chasse aux loups et aux ours en Amérique du Nord, reflètent des systèmes similaires d’oppression coloniale. Ce même système financier qui s’accapare les terres de sous les pieds des peuples indigènes est également responsable de la gentrification et des forclusions – qui sont toutes renforcées par la même police, la même armée, et autres forces de sécurité, et qui ont toutes leur propre système, symbolique de domination raciale.

Si nous nous opposons à la réalité symbolique de la chasse aux trophées, alors nous devons également nous opposer à ses implications. Bien entendu, cette boucherie sinistre doit être arrêtée. Tout autant que l’ensemble de ce qu’elle représente. Cela signifie transformer les conséquences juridiques de la chasse, mais aussi ce système politique, culturel et économique qui rend cette pratique possible.

Auteur : Alexander Reid Ross, co-fondateur modérateur du Earth First! Newswire, et éditeur de l’ouvrage Grabbing Back: Essays Against the Global Land Grab (AK Press 2014), ses prochains livres sont Against the Fascist Creep (AK) and The Birth of the People (Atropos Press).

Source : http://earthfirstjournal.org/newswire/2015/08/02/colonial-pride-and-the-killing-of-cecil-the-lion/

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