Rencontre avec le collectif LGBTI Keske-Sor de Diyarbakır

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Rapide retranscription d’une prise de notes faite lors de la présentation-discussion avec le collectif autour des luttes écolos, antimilitaristes et LGBTI.

Création du collectif

En 2012, une première réunion est organisée avec environ 60 personnes à la période du Newroz. Suite à cela, iels se retrouvent au Newroz avec un certain nombre de camarades : il y a des embrouilles avec les flics (gazage, violence, etc.), du coup le groupe s’est retrouvé éparpillé dans la ville. « On s’est retrouvé séparé.e.s et un peu perdu.e.s. Cette mauvaise expérience a rendu le groupe fragile et il y a eu des crispations et des tensions entre nous. Des camarades se sont retrouvé.e.s seul.e.s face au flics. A partir de là, le groupe a souhaité s’organiser plus et mieux. » Keske-Sor (en kurde : arc-en-ciel) se crée donc comme collectif militant en avril 2012. Des personnes de profils différents composent le groupe : des sans-emplois, des étudiant.e.s, des professeur.e.s…

Avec le 1er mai 2012 le groupe scissionne, d’un côté Hebûn, de l’autre Keske-Sor. Avant le 1er mai, un appel avait été lancé pour se réunir, les personnes du futur Hebûn ne voulaient pas venir avec le drapeau arc-en-ciel, par peur des attaques homophobes. Les autres si. C’est ainsi que les positions se sont clarifiées. Dès lors les deux entités ne se sont jamais retrouvées réuni à nouveau. Hebûn s’est, avec le temps, transformé en une organisation plus formelle et institutionnelle, une véritable ONG en fait.

Le groupe Keske-Sor se revendique au contraire plus anarchiste, anti-autoritaire, et refuse la forme associative ou la structure d’organisation, qui, selon ces participant.e.s, éloignent le peuple des luttes.

D’où la différence des deux groupes. Au départ, les personnes qui participent au collectif n’étaient pas spécialement engagées sur les luttes LGBT, mais plus sur les questions antimilitaristes et les problématiques du mouvement kurde. Mais avec le temps, iels ont lutté autour de différentes causes, et c’est finalement devenu Keske-Sor LGBTI [le « i » pour « intersexe »].

Luttes écologiques

Le collectif est très préoccupé par les questions écologiques, et les luttes contre les projets de grands barrages à Dersim [nom kurde de Tunceli] notamment. Il participe chaque année au Festival Munzur, un camp d’été écologiste qui se déroule à Dersim. Et le collectif Keske-Sor est très présent à Hasankeyf, pour venir grossir le nombre des opposant.e.s au projet du barrage local. Iels sont là-bas en liens avec d’autres organisation pour faire leurs actions.

L’an dernier, iels ont mené une lutte pour les jardins d’Esel, et ce sur leur propre initiative : l’État a commencé à couper des arbres pour faire un barrage, mais les camarades ont campé sur place, et ont mis en place des tours de garde.

A Diyarbakır, les luttes écologistes connaissent une forte dynamique en ce moment [c’est un des nouveaux « 10 paradigmes » d’Öcalan et du mouvement kurde], et il y a peu de temps a été créée la « Coordination écologiste d’Amed » (nom kurde de Diyarbakır) à laquelle 3 membres de Keske-Sor participent activement.

Enfin, iels ne séparent pas les luttes écolos de la lutte contre la gentrification. Ainsi, un nouveau front s’est ouvert de luttes à propos du projet de construction de résidence pour riches sur le site d’une montagne sacrée pour les Kurdes, non loin de Diyarbakır.

Objection de conscience et antimilitarisme

Keske-Sor a organisé en 2013, sur 2 jours, une conférence sur l’objection de conscience, l’anti-militarisme, et le mouvement pour la paix. Profitant de l’annonce de paix d’Öcalan, iels se lancent dans l’organisation de cette conférence – une première à Diyarbakır. C’est une manière de faire entendre l’idée de la paix par plusieurs voies, dans un pays ultra-militariste comme la Turquie, et dans une région comme le Kurdistan en guerre de basse intensité depuis des décennies. 15 mois de service militaire sont obligatoires au sein de l’armée turque – 6ème armée du monde avec 758000 personnes.

En 2013, le collectif organise également une commémoration pour les 34 Kurdes tué.e.s à Roboski bombardé.e.s par l’armée turque. A cette occasion et pour symboliser le désir de paix, 8 personnes ont déclaré leur objection de conscience.

Luttes féministes et LGBT

En novembre 2013, le collectif organise une conférence sur la lutte des femmes intitulée « De Rojava à Gezi, la lutte des femmes », avec différent.e.s militant.e.s, et des jeunes femmes de la région de Diyarbakır (DTK – Congrès démocratique du Kurdistan, sorte d’assemblée des assemblées du Kurdistan du Nord -, commissions de femmes, etc.)

Keske-Sor fait aussi le suivi du procès pour l’assassinat de Rosin Çiçek, un jeune homme tué en 2012 à Diyarbakır par son père et ses deux oncles à cause de son homosexualité. Ce procès a été long, il y a eu plusieurs manifestations en 2014, de l’agitation faite autour, avec par exemple, des stickers avec différents slogans contre l’homophobie distribués avant le jugement, pour sensibiliser les gens. Il y a eu un changement des jurés en cours de procès et une demande du collectif LGBTI pour qu’il soit présent et représente la partie civile qui a été accepté. Ces deux éléments ont pesé pour la suite. Et même s’il était toujours difficile pour Keske-Sor de pouvoir intervenir au cours des audiences, sa présence a compté. Et à la dernière audience, le collectif est parvenu à réunir 30 personnes pour se porter partie civile.

Le tribunal a condamné le père à la perpétuité sans remise de peine. Et les deux oncles à la perpétuité. C’est la première fois qu’une telle décision à lieu en Turquie et dans le verdict il était écrit « assassiné à cause de son homosexualité ». « Cette décision a fait écho audelà de Diyarbakır, le pays sait que ce jeune a été tué pour homophobie. »

En 2014, pendant les élections locales, différentes activités ont été mises en place, en lien avec la municipalité émanant du mouvement kurde. Avant les élections, il y a eu des assemblées de jeunes et de femmes qui ont soumis leur souhaits, leurs revendications et propositions. Différents organismes ont participé et fait des propositions. Par exemple : une permanence de solidarité pour des conseils plus personnalisés, un lieu mis à disposition au sein de la mairie pour sensibiliser les familles, la population, faire des suivis psychologiques. C’est important pour le collectif LGBTI, c’est un moyen de rentrer en lien plus facilement avec la population. Et si la mairie prend en charge ce domaine d’intervention, ça laisse plus de possibilités. L’idée de créer un lieu d’information et de conseil est en étude. Le collectif ne souhaite pas forcément être le porteur du projet, ou l’initiateur, mais voudrait former les personnes de la mairie, et travailler avec elles et eux, en partenariat. Si Keske-Sor veut sensibiliser la mairie, et lui faire reconnaître son existence, c’est avant tout dans un sens tactique, pour que la population ait un accès toujours plus large aux questions liées à l’homophobie. C’est aussi pour que les agresseur.euses et les religieux.ses comme le Hezbollah, aient un peu moins de marges de manœuvre dans leur discrimination et leurs actions homophobes.

Véganisme

Keske-Sor se posent aussi des questions autour des problématiques animales et des choix alimentaires. Les membres du collectifs répètent une fois de plus qu’il faut faire toutes les luttes, que tout est lié dans la lutte contre le capitalisme ! « On dit toujours qu’Öcalan est un grand chef de l’armée du PKK, mais on ne souligne jamais qu’il est végétarien. »

Production écrite et travail d’information

Iels n’ont pas encore réalisé de réel travail écrit. Sans avoir fait de recherches poussées, iels ne peuvent pas prétendre à écrire quelque chose de sérieux. Mais iels organisent et participent a beaucoup de débats et discussion pour faire avancer les choses sur ces questions là. Iels alimentent également les médias sociaux sur internet. Et comme iels ne reçoivent aucune aide financière extérieure (« ce sont nos idéaux ! »), iels ont encore du mal à trouver assez d’argent pour imprimer affiches, brochures et livres.

La répression

« On vit toutes sortes de répressions. Sur les sites religieux fascistes, il y a les noms de certain.e.s camarades du collectif, en mode fiché, avec des photos… Iels sont montré.e.s comme des pervers.e.s. Mais faut pas penser que tout le monde est homophobe. »

« Cette propagande fasciste est aussi un moyen de lutter contre les kurdes, en disant qu’elleux laisse les LGBTI exister sans les violenter. C’est souvent les journaux extrémistes qui se chargent de faire le travail, pour discréditer les kurdes. »

« Pour les trans et les gays, c’est très dangereux, iels sont souvent confronté.e.s à des violences. Pour les femmes c’est déjà compliqué, être lesbienne ce n’est malheureusement qu’une continuité dagressions, et d’harcèlements. » Mais l’homophobie est quand même fortement présente partout et le collectif tente déjà de combattre les comportements violents du quotidien.

Plus d’infos :

Source : http://nevarneyok.noblogs.org/post/2015/03/24/rencontre-avec-le-collectif-lgbti-keske-sor-de-diyarbakir/

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