Limites troublées : les garçons, la picole et les frontières sexuelles

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Les limites définissant les frontières sexuelles et le consentement peuvent être troublées lorsqu’une substance est impliquée et que le privilège est assumé.
Dans cet extrait de Consensuality paru en 2015 chez Microcosm Publishing, l’auteure Helen Wildfell dévoile une de ses expériences personnelles impliquant une relation avec un ami, l’alcool et une pression sexuelle sous-jacente. Le livre, dans son ensemble, détaille les différents procédés pour créer ou trouver une relation saine et durable tout en évitant les pièges courants comme l’identité de genre, les frontières sexuelles, les luttes de pouvoir et les dysfonctions émotionnelles.

J’étais souvent invitée à prendre un verre et manger des sushis avec mon ami, appelons-le Trevor. Sans me demander ce que je voulais ou sans même me demander si je voulais quelque chose, il commandait généralement une première tournée de boissons alcoolisées : un saké et une Sapporo pour chacun de nous deux. Je voulais cette première tournée, bien qu’après celle-ci, il est devenu de plus en plus difficile de dire oui ou non.

Lors d’une de ces soirées, je me suis rendue compte que quelque chose n’allait pas. Je suis sortie avec lui, à l’origine, pour lui montrer l’essai que j’avais écrite sur les inégalités de genre, pourtant il ignorait complètement ma capacité à commander mes propres boissons. Cette façon de faire m’a contrariée. Quand une autre tournée fut commandée sans mon accord, je lui ai dit que je n’en voulais plus. J’avais beau dire non, la deuxième tournée arriva quand même. Je fus complètement ignorée. Le serveur ne contesta à aucun moment sa commande. Je me sentais très mal lorsque je refusais les boissons.

A la fin de la nuit, je dis non lorsqu’il m’invita chez lui. J’ai ignoré ses dernières tentatives pour que je change d’avis alors que je montais dans le bus pour rentrer chez moi. Je me suis rendue compte des expériences précédentes avec Trevor, qu’il y avait une possibilité pour lui de me contraindre à avoir un rapport sexuel, si épuisé par l’alcool, je dormais chez lui. Les fois où j’étais restée chez lui, les fois où je n’ai pas dit non, je n’étais également pas capable de dire oui. Le consentement n’était pas possible puisque j’étais intoxiquée. Il utilisa mon ivresse comme un consentement, mais ce n’était en aucun cas proche d’une interaction consentante. J’aimerais ne pas avoir à être aussi vigilante lorsque je sors boire un verre. Aussi, je regrette que je ne puisse pas poursuivre mon amitié avec Trevor sans crainte d’une agression sexuelle de sa part. En fin de compte, je n’ai pas pu réaliser une relation respectueuse avec lui.

L’alcool joue un rôle ambigu ans notre société. Il peut être à la fois une activité sociale, une force destructrice, et un passe-temps amusant. Il peut détériorer notre jugement et changer nos perceptions temporairement. Pour en revenir à Trevor, il était un ami proche qui avait un problème d’alcool, et cela a détruit beaucoup de ses relations.

Ces hommes ne sont pas les seuls à manipuler le consentement. Nous devons toustes travailler à comprendre quand une situation est non consentie et reconnaître la personnalité de celleux que nous blessons. Rien ne devrait être utilisé pour brouiller et effacer le consentement, que ce soit l’alcool, le privilège ou tout autre outil corrompu de pouvoir. Rien ne devrait empêcher une personne de prendre ses propres décisions concernant sa vie et son corps. Le consentement ne peut vraiment être donné que lorsque la personne se trouve dans un endroit sûr et dans un état de sobriété. Si le jugement d’une personne est détérioré ou s’il n’a pas été clairement demandé ce que chaque personne voulait, il n’y aucun garantie sur la participation consentante à cette activité. Supposer ou ignorer le consentement est un abus de pouvoir.

Afin de discuter de ces problèmes en tant que communauté, il faut démarrer large. Apprenez comment vos ami.e.s, familles ou partenaires voient le genre et l’orientation sexuelle. Élargissez vos connaissances. Apprenez de nouveaux termes comme cisgenre : personne pour qui la perception de son genre correspond au sexe qui lui a été attribué à sa naissance. Évaluez les réponses à ces questions afin de voir comment elles peuvent changer votre compréhension de la vie et de la sexualité. Ne tentez pas de séparer logiquement les composants sexuels, vous ignorerez les questions de frontières et de genre. Si vous êtes honnêtes et ouvert.e.s à la discussion, vous commencerez à plonger dans les nombreuses couches composant des relations saines.

Lors de situations spécifiques, les premières questions concernant la sexualité doivent prendre en compte la ou les personnes impliquées dans l’interaction. La conversation commune, cependant, devrait avoir commencé longtemps avant cela. L’éducation sexuelle de la communauté doit laisser de la place pour la discussion. Si les membres de la communauté ne peuvent pas poser de questions, l’éducation stagne et se limite à la perception sexuelle de l’autorité présente.

Je remarque souvent que le genre est l’élément manquant de l’éducation sexuelle. Lorsque nous parlons d’anatomie masculine et féminine dans les classes de lycée, il y a rarement une discussion sur les différents types de personnes connectées à ces organes sexuels. Le résultat est une supposition qu’une personne dans un corps masculin agira comme un ‘homme’ et qu’une personne dans un corps féminin agira comme une ‘femme’. Les études de genre et les publications contre-culturelles essayent souvent de changer la conception erronée de la correspondance universelle sexe/genre (cisgenre), mais l’information sur les genres alternatifs n’est pas distribuée à beaucoup de personnes.

L’un de mes professeur.e.s d’université nous encourageait à créer notre propre spectre de genre. Elle traçait une ligne avec le symbole féminin d’un côté et le symbole masculin de l’autre, et nous demanda d’écrire des actions qui correspondent à chaque côté du tableau. Ces actions allèrent de ‘se brosser les dents’ au milieu du tableau, à ‘se vernir les ongles’ et ‘jouer au football’ aux deux extrémités du tableau. Aucune de ces actions n’a un rapport avec le sexe biologique d’une personne, elles correspondent plutôt à une perception culturelle des genres masculin et féminin.

Après avoir écrit les actions sur le tableau, le professeur nous a demandé de nous situer sur le spectre. Quelques femmes se sont situées sur le côté droit ‘féminin’. Un homme et une poignée de femmes se sont situé.e.s au centre du spectre. Les autres hommes s’entassèrent sur le côté gauche, du côté ‘masculin’. Quelques femmes les joignirent, choisissant donc le genre masculin malgré leur sexe biologique. Seulement un petit pourcentage de la classe se trouvait aux extrémités du spectre. La plupart d’entre nous se sont donc accroché.e.s à la neutralité de genre, préférant nous déconnecter de nos identités voulant qu’on soit uniquement un homme ou une femme. Le professeur expliqua qu’il était beaucoup moins courant pour les hommes de reconnaître leurs traits féminins sur le spectre, mais avoua également que chaque année de plus en plus d’étudiant.e.s de tout les genres se situent au milieu du spectre.

Même un spectre de genre plaçant ‘féminin’ et ‘masculin’ aux deux extrémités devient de plus en plus dépassé, car les caractéristiques de ces deux catégories sont souvent basées sur des valeurs traditionnelles. Dans d’autres cours, j’ai découverte que l’on peut incorporer d’autres systèmes en dehors de notre binarité de genre traditionnelle. Dans beaucoup de cultures, il y a un troisième genre. Des recherches sur les Tombois à l’Est de Sumatra et les Fa’afafine aux Samoa ont révélé deux des nombreux autres genres existant dans le monde. Vous serez stupéfié.e.e.s par la variété des expressions de genre qui vont au-delà du sexe biologique d’une personne.

Le fait que d’autres types de genre soient culturellement acceptés, peuvent parfois créer des environnements plus sûrs pour celleux qui ne se classent pas en tant qu’homme ou femme.
Pour finir, les émotions ou le manque d’émotions autour du sexe doivent être prises en compte. Nous disons souvent aux femmes qu’elles s’attacheront à leur partenaire après avoir couché ensemble et qu’elles voudront uniquement des relations exclusives, alors que les hommes sont considérés comme étant plus ouverts à la polygamie et capables de coucher sans liens affectifs. Le mythe d’une fracture émotionnelle entre les genres se perpétue dans les environnements conservateurs, où les personnes sont plus fermées quant aux discussions sur le sexe ; cela dit, ce n’est pas l’élément principal dans les expériences sexuelles des individu.e.s. Il n’y a pas d’élément principal, et cela pour n’importe quel type de personnes. Ce qui est important dans le fait de s’exprimer et de discuter sur ces sujets est justement de démontrer que les expériences personnelles ont des impacts émotionnels différents sur chaque individu.e.

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