Activisme écologiste en Palestine

GA.palestine-2Ce texte est une traduction d’un article écrit par Corinne Pinfold paru sur le journal d’Earth First!

La terre est l’élément principal de l’occupation actuelle en Palestine. Des guerres ont été menées sur le territoire et des batailles juridiques sont délayées depuis des décennies sur des questions aussi simples que des accès à une parcelle. Malgré que les problèmes de territoire soient des problèmes majeurs, l’impact humain de l’occupation signifie que l’impact environnemental est mis de côté, pas seulement par les étrangers occidentaux comme moi, mais aussi par les palestiniens eux-mêmes.

La destruction des oliviers est presque devenu un symbole du conflit Israélo-Palestinien. La signification culturelle des rameaux d’oliviers en tant que messages de paix ajoute une couche métaphorique lorsque les fermiers palestiniens doivent faire face à des procès les privant de leur revenus et détruisant leur patrimoine. Cela dit, il y a beaucoup d’autres plantes natives et d’espèces sauvages qui font partie intégrantes de l’histoire et de la culture palestinienne.

Récemment, alors que je marchais dans les collines autour de Ramallah avec un groupe d’amis, j’ai rencontré Saleh Totah, un activiste qui a co-créé Mashjar Juthour, un arboretum et parc naturel écologique d’un hectare sur les collines de Thahr al Okda. Totah et sa partenaire, Morgan Cooper, ont démarré en 2013 Mashjar Juthour, qui se traduit par ‘Les racines de l’arboretum’, un projet de sensibilisation à la permaculture ayant pour but de rétablir la diversité de la flore qui prospérait en Palestine il y a des années, mais qui a décliné en raison du conflit et par ignorance.

Ce projet fait partie d’un grand nombre d’autres projets qui ont éclos ces dernières années en Palestine, comme par exemple des jardins sur toits, ayant pour but de reconnecter le peuple de cette région dévastée par le conflit avec son environnement naturel, et d’inspirer les palestiniens à travailler ensemble pour un avenir durable de leur peuple et de leur terre.

Ce jour-là, et lors d’une visite ultérieure où nous avons aidé à déplacer des pierres, nous avons beaucoup appris sur les différentes plantes ainsi que sur les arbres poussant à Mashjar. Le chêne palestinien et ses glands comestibles, les orchidées utilisées pour concocter la boisson appelée ‘salep’, de tout petits pois sauvages que nous avons mangés directement de la cosse du haricot… Beaucoup de plantes à Mashjar ont deux rôles. Elles rendent la terre riche et durable tout en fournissant de la nourriture. Les lentilles, par exemple, sont semées pour être mangées mais apportent également de l’azote au sol, ce qui alimente les arbres affamés.

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La diversité de plantes que l’on peut trouver à Mashjar Juthour est inhabituelle en Palestine. Les collines autour du parc sont remplies presque uniquement d’olives. Il y a peu de place pour que d’autres sortes d’arbres puissent pousser.

« Les gens voient de la valeur seulement dans l’olivier », dit Cooper. « C’est une source majeure de revenus, donc les fermiers déracinent tous les autres arbres pour permettre aux oliviers de vivre. »

Cela est en partie dû à la difficulté pour accéder aux terres. Les olives sont très résistantes, et lorsqu’elles sont mûres elles peuvent survivre avec très peu d’entretien. C’est une nécessité pour beaucoup de fermiers qui demandent des permis, rarement obtenus, de pouvoir accéder à leurs terres qui ont été confinées derrière la barrière de séparation israélienne. Ce raisonnement est compréhensible, mais cela signifie qu’une bonne partie des connaissances traditionnelles en ce qui concerne l’agriculture durable, que nous pouvons nommer permaculture, ont été perdues. Et ces pertes rendent les palestiniens encore plus dépendants des importations pour tout autre produit que ceux créés à base d’olives.

Il n’y a pas que des fermiers possédant des terres à l’extérieur du mur de séparation qui sont touchés. La Cisjordanie a été divisée dans les années 90, avec une majorité de 60% localisée dans la zone C sous occupation israélienne. Sur ces terres, les autorités palestiniennes s’occupent uniquement de la santé et de l’éducation. Pour tout le reste, Israël est l’autorité dirigeante.

Cela entraîne différents problèmes : le manque de protection des civils palestiniens, l’élimination non-planifiée des déchets, ce qui amène à ce que les eaux usées des colons polluent les plantations des palestiniens, ou encore le refus des permis d’exploitation. Tout cela rend les palestiniens trop effrayés et frustrés pour qu’ils s’impliquent réellement dans ces terres.

« La zone C a créé chez les palestiniens un sentiment de désaffection à l’égard de leurs terres et il est très inhabituel de les voir pique-niquer ou même randonner », dit Cooper. « Nous ne pouvons pas accéder à la nature. Et nous avons perdu quasiment toutes nos connaissances à ce sujet, sans même le réaliser, parce que la plupart d’entre nous sont complètement distraits avec les autres luttes auxquelles nous faisons face sous cette occupation. »

Le résultat de ceci est un terrible manque de conscience environnementale, non seulement parmi les fermiers ou propriétaires de terres, mais aussi au sein de la communauté palestinienne dans son ensemble. L’un des indicateurs les plus évidents est l’abandon répandu de détritus. La route de Ramallah à Mashjar, un chemin sinueux à travers les collines bordé par des huttes en pierres et des champs d’oliviers, paraîtrait biblique si elle n’était pas recouverte d’emballages de bonbons et de canettes de boissons énergisantes.

« Il y a un manque total de prise de conscience par rapport à l’environnement et à l’impact négatif que nous avons sur celui-ci », dit Cooper. « Le problème est aggravé puisque cette route se situe dans la zone C, ainsi les autorités palestiniennes ne sont pas autorisées à fournir des services de gestion des déchets. Les autorités israéliennes en sont donc responsables mais elles choisissent d’ignorer cette tâche. Alors que doit-on faire avec ces déchets ? », poursuit-t-il.

Le projet de Mashjar a pour but de sensibiliser les palestiniens afin d’inverser cette perte de connaissances sur l’environnement et ainsi trouver des moyens pour en prendre soin. « L’idée est de recréer le lien entre notre communauté et la nature, de leur rappeler à quelle point cette relation que nous avons toujours eu avec l’environnement qui nous entoure est importante, et de surtout repartager les connaissances traditionnelles et le patrimoine naturel de la Palestine », dit Cooper.

Avec une petite équipe composée majoritairement de volontaires, Cooper et Totah ont minitieusement réhabilité cet hectare de terres. Le parc peut désormais se vanter d’une soixantaine d’espèces d’arbres, avec entre autres des chênes indigènes, des kaykabs mais aussi des caroubiers et des érables ou encore des pins. Afin de faire sortir les gens de la ville et les emmener dans la nature sauvage, Mashjar organise des événements dans l’arboretum : des ateliers, des journées familiales, des promenades guidées et des événements uniques comme un camp d’astronomie.

Cooper espère que leur travail encouragera l’intendance environnementale ainsi que l’inclusion de la souveraineté alimentaire au sein du mouvement pour les droits des palestiniens. Il semble que leurs efforts portent déjà leurs fruits. Après avoir visités Mashjar, les enfants ont commencé à se gronder les uns les autres pour avoir jeté des déchets dans les rues. Mais avec seulement un hectare et des ressources humaines limitées, les ambitions de Mashjar sont entravées.

« Nous avons une vision très étendue, mais nous avons besoin de moyens et c’est justement ce que nous n’avons pas », dit Cooper. « Nous recevons beaucoup de demandes pour plus d’activités et d’ateliers, pour des visites guidées et des camps, mais nous ne pouvons simplement pas. De plus, nous devons tout reprendre depuis le début, en répondant à des questions comme ‘qu’est ce que sont les déchets’ ou ‘pourquoi devrions-nous protéger l’environnement’».

Cooper et Totah tentent désormais d’agrandir les terres de Mashjar Juthour et cherchent plus d’éducateurs locaux souhaitant s’investir dans le projet.

Source : http://earthfirstjournal.org/newswire/2015/08/27/green-activism-in-palestine/

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