Oppression et anesthésie

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Maintenir un privilège et continuer d’oppresser un groupe de personnes n’est possible que quand les oppresseurEs peuvent voir les personnes qu’elles oppressent comme moins qu’humainEs. L’une des tactiques majeures dans le processus de déshumanisation est l’anesthésie de l’oppresseur, se paralysant afin d’être incapable de se montrer compréhensif envers les personnes qu’il relègue au statut de sous-humainEs. Mab Segrest a écrit un essai pour dire combien la stratégie clé pour maintenir le privilège blanc est l’anesthésie des personnes blanches envers les personnes de couleur qui souffrent, à travers la mise à distance (hors de la vue, hors de l’esprit), la justification, l’intoxication, et d’autres méthodes.

La masculinité opère de la même manière en forçant les hommes à rester détachés et impassifs face à la douleur physique ou émotionnelle, en classant la sensibilité et l’empathie comme des caractéristiques féminines (et donc inférieures). Construire la masculinité comme insensible, anesthésiée – rend possible l’incroyable souffrance infligée par les hommes envers le femmes (et d’autres hommes) à travers la violence, le viol, la maltraitance des enfants, le refus de l’accès aux moyens de contraception et à une prise en charge médicale, la famille nucléaire patriarcale, et de nombreuses autres manières. Dans ce contexte, vouloir lier intoxication et masculinité fait parfaitement sens. L’intoxication réduit souvent la capacité des genTEs à empathir avec les autres, c’est une partie intégrante du fait d’être oppresseur.

Une amie me fît remarquer que lorsqu’elle était au lycée, la plupart des kids qu’elle connaissait, et qui avait idée de ce qui se passait dans le monde se défonçaient aussi souvent qu’elleils le pouvaient pour neutraliser la douleur de cette prise de conscience. Je peux comprendre combien des activistes, qui (théoriquement) refusent d’ignorer la souffrance et l’oppression dans le monde, font face à une incroyable tentation d’essayer de se paralyser elleux mêmes, même temporairement, de la douleur qu’ielles voient, sentent et contre laquelle ielles se battent chaque jour. Cependant, je crois aussi fermement que si quelqu’unE dans notre société était à la fois totalement conscientE de combien notre société est merdique – et refusait simplement d’ignorer la douleur de cette conscience à travers diverses méthodes d’intoxication et d’anesthésie, de l’alcool à la télévision – alors les genTEs ne la défendraient simplement pas.

Même en prenant en compte (la minorité, je pense) de personnes qui sont simplement cruelles et haineuses, je crois vraiment qu’une population qui fait face honnêtement aux réalités de la pauvreté, de l’oppression et de la misère qui règnent dans cette société, ne peut pas le faire sans avoir à la fois des têtes et des consciences claires. Lorsque les têtes ne sont pas claires, les consciences deviennent de moins en moins claires et importantes. Lorsque les genTEs refusent d’être paralyséEs et éprouvent réellement la souffrance de cette société, cela incite à l’action. Je crois que notre tâche en tant qu’activistes ou personnes qui veulent changer cette culture est avant tout d’être receptiVEs à cette douleur profonde, de la sentir, la déplorer, et la haïr, de l’éclairer et de la brûler par notre participation dans la lutte révolutionnaire.

Traduction d’un chapitre extrait de la brochure « Towards a Less Fucked Up World: Sobriety and Anarchist Struggle » par Nick Riotfag. Merci à Câlins, pavés, paillettes pour la traduction de cette dernière.

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