Sobriété et lutte anarchiste – Histoire #2

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J’ai assisté à un camp de défense de l’environnement pendant une semaine avec environ 150 kids dans les montagnes. J’étais très nerveux d’aller là-bas, sans plan pour partir et avec une équipe de primitivistes chahuteurs et amoureux de la boisson, mais j’ai décidé qu’il était plus important d’y aller et d’apprendre ce que je pouvais y apprendre. Les choses se passèrent étonnamment bien durant la plupart de la semaine ; à la moitié de celle-ci il y eut un feu de camp, avec peu d’alcool, qui était super chouette. Pour la dernière nuit, il y avait une grosse soirée de prévue, avec toutes sortes de préparations pour plusieurs barils, de la bière brassée à la maison et plus encore. Étonnamment les organisateurTRICEs étaient vraiment impliquéEs à s’assurer que les personnes qui voulaient rester sobres aient un espace safe, et décidèrent d’établir en avance un règlement communautaire clair avec les zones sans alcool, etc. La réunion du groupe au complet se sépara pour manger avant que la conversation soit engagée, alors un groupe d’une quinzaine de personnes intéressées de voir que les espaces sobres étaient sûrs resta plus tard et parla des différentes options ; toujours plus surprenant, presque tout le groupe était composé de personnes qui comptaient boire, mais voulaient être des alliéEs des personnes sobres.

Après un long et frustrant moment de négociations, une zone feu de camp séparée qui ne devait pas être seulement sans alcool, mais uniquement pour les personnes qui n’avaient pas bu cette nuit, à été établi, avec des personnes qui se sont engagées à apporter du bois et à creuser la fosse. J’étais très excité, n’ayant jamais été auparavant dans un endroit où les personnes reconnaissaient que les personnes sobres avaient des besoins valides, et nous laissaient travailler dur pour créer un espace safe distinct et d’en faire une priorité.

Donc je suis sorti de cette soirée vers le feux de camp « sobre » avec environ cinq ou six autres. Nous étions un groupe vraiment calme et pour une fois je me sentais clairement maussade. C’était chouette d’avoir de la compagnie, mais je ne pouvais pas me débarrasser du sentiment d’être en quarantaine. Nous étions à seulement quelques centaines de yards du feu de joie massif et alcoolisé, avec plus d’une centaine de kids braillant et tapant du pied, et bien qu’aucunE d’elleux ne pouvait venir à nôtre feu de camp, la plupart d’entre nous ne se sentait pas très à l’aise pour aller vers elleux, même si la plupart de nos amiEs et amantEs étaient là bas. Après trente ou quarante-cinq minutes, la plupart d’entre nous est partie vers nos tentes, les cris des joyeuSEs convives faisaient échos dans nos oreilles. Je me suis assis auprès des braises s’affaiblissant pendant un long moment, en essayant de comprendre pourquoi je me sentais si abattu. Est-ce que ce n’était pas ce que je voulais, notre propre «espace safe » séparé ? Je me suis senti coupable de ne pas suffisamment apprécier ce qui était sans aucun doute l’effort le plus compréhensif qui n’ai jamais été fait dans un espace radical par rapport à mes besoins. Finalement, comme la fête principale s’égrainait dans des voix isolées, des bagarres, des jurons ou des sanglots j’ai été me coucher, en me sentant plus seul et isolé que jamais.

Cette expérience représente un mélange d’aspects positifs et négatifs, et pourrait amener vers quelques solutions constructives. Du côté positif, les organisateurTRICEs et les participantEs (ou au moins certainEs d’entre elleux) avaient fait un effort durant la journée pour monter un espace alternatif sobre qui serait safe ; côté négatif, le groupe plus large n’était pas engagé dans ce processus, et la plupart des genTEs en fait étaient simplement informéEs que si ielles avaient prévu de boire, ielles ne pourraient pas aller dans certains espaces, ce qui renforçait la séparation absolue sobres/non-sobres qui me faisait me sentir isolé. Côté positif, de nombreuSEs alliéEs non-sobres sont venuEs voir pour être sûrEs que les espaces safes étaient respectés, ce qui est, je pense, extrêmement important ; côté négatif, les alliéEs n’ont pas étendu leur soutien en participant avec les personnes sobres et en s’abstenant elleux-mêmes, sauf pour une personne, et peu des personnes sobres pour qui l’espace avait été conçu n’avaient participé à son élaboration. Côté positif, l’espace a été crée et respecté ; côté négatif, il y eut à peine quelques personnes ici, et ce n’était pas super fun, même si tout le monde était d’accord pour dire qu’ielle était contentE d’être là. La proximité avec la soirée « principale » alcoolisée, la disproportion sévère entre le nombre de personnes sobres et de personnes non-sobres, le manque de véritables activités au-delà d’un espace et d’un feu de camp, le sentiment d’être en quarantaine, et le manque de soutien général parmi beaucoup des participantEs au camp (excepté les organisateurTRICEs et de merveilleuSEs alliéEs) ont fait que la réalité de l’espace sobre s’est retrouvée loin des attentes et des espérances.

Pour améliorer la situation dans le futur, voici quelques choses qui pourraient être changées :

• S’assurer d’une large participation dans le processus de création d’espace safe sobre ; en faire une partie de discussion en groupe, faire un bloc des personnes qui ont décidé de rester sobres et penser à quelques mécanismes pour rester responsables et les transmettre à ce bloc.

• Quand les circonstances le permettent, mettre l’espace assez loin physiquement de la zone avec alcool pour ne pas que nous nous sentions comme si nous étions simplement en dehors du « vrai » fun, et pour que nous ne ressentions pas le besoin de défendre ce territoire comme nos seuls quelques mètres carrés d’espace safe.

• Ne pas prévoir que des espaces, mais aussi des activités pour les personnes sobres – sois creatifVE et ouvertE, tout ce que les genTEs pensent peut-être intéressant et excessif.

Jeu de la bouteille, chasses au trésors, cache-cache, twister, bike scavenger hunts, dance parties, n’importe quoi ! L’idée n’est pas seulement de rendre ça plus fun pour les personnes sobres, mais aussi de faire un stimulant pour certainEs des personnes pas-toujours-sobres à s’engager à être sobre pour la soirée et qu’ielles puissent s’amuser avec le groupe. Ce peut être le meilleur type de plaidoyer en faveur du refus de substance en montrant que les kids sobres peuvent s’éclater, même mieux que les personnes qui boivent !

Traduction d’un chapitre extrait de la brochure « Towards a Less Fucked Up World: Sobriety and Anarchist Struggle » par Nick Riotfag. Merci à Câlins, pavés, paillettes pour la traduction de cette dernière.

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