Prologue de ‘Until All Are Free’, le livre sur l’histoire de l’ALF suédois, par Peter Young

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Peter Young est un activiste américain vegan straight edge pour les droits des animaux. Il a été emprisonné à plusieurs reprises pour sa participation dans des actions de l’ALF (Animal Liberation Front). 

En janvier 1996, j’ai assisté à ma première réunion d’un groupe de droits des animaux à l’université de Washington à Seattle. J’avais 18 ans et j’étais prêt à être bien plus qu’un vegan passif – je voulais être un activiste. Je venais de trouver le bon groupe. Ils/elles avaient installé un petit stand de littérature, un objet attira immédiatement mon attention : le numéro 3 du fanzine Underground : nouvelles du groupe de soutien à l’ALF nord-américain. A l’intérieur se trouvait l’article intitulé : ‘les dix premières années – l’histoire de l’ALF suédois.’

Il y a des moments dans nos vies que l’on peut qualifier comme lignes de démarcation, qui séparent nos vies par un ‘avant’ et un ‘après’. Cette première réunion, et en particulier la lecture de ce fanzine, fut l’un de ces moments.

J’ai immédiatement sauté sur l’article concernant l’ALF suédois, Djurens Befrielsfront (DBF) – que j’ai dévoré (de manière malpolie) pendant la réunion alors que le reste du groupe discutait de la prochaine manifestation à venir. J’ai toujours trouvé (et trouverai toujours) les histoires d’attaques de laboratoires et de sauvetages d’animaux bien plus intéressantes que d’agiter des panneaux devant ces mêmes laboratoires, et j’ai lu et relu à plusieurs reprises cette histoire sur DBF avant même que la réunion finisse.

Cette soirée marqua mon premier pas dans le monde de l’activisme, et comme je viens de le détailler, ma préférence pour les histoires d’attaques de laboratoires plutôt que de crier devant ces derniers, je savais quelle direction j’allais prendre.

Cette histoire – trois pages écrites en noir foncé sur du papier blanc – offrait un bref résumé de ce qu’un petit groupe a pu accomplir à travers une campagne d’une dizaine d’années, attaquant une douzaine de laboratoires et fermes de manière simple mais élégante. Il est très probable que ma vie aurait pris une direction complètement différente si je n’avais pas un jour ouvert ce magazine et lu cette histoire sur le Djurens Befrielsefront. Cela m’a donné les bonnes leçons au bon moment. La prose était simpliste, les anecdotes honnêtes et le message implicite : si nous l’avons fait, vous pouvez le faire aussi.

Cette histoire apportait de nombreux enseignements qui n’ont pas vieilli. Des enseignements que j’ai compris ont échoué lors de leur application. Certains que je commence seulement à comprendre après une vingtaine d’années. Et d’autres qui peuvent uniquement être compris par celles et ceux qui se retrouvent dans le sous-sol d’un laboratoire en plein milieu de la nuit.

DBF aurait dû m’apprendre à ne pas gaspiller ma prise de risques sur des petites cibles. A l’inverse, j’ai passé l’année suivante à saboter tous les petits bouchers du coin et les distributeurs de produits laitiers, risquant de prendre des années de prison en accomplissant aucune victoire marquante pour les animaux. C’est seulement trop tard que je me suis rendu compte du fait suivant : il est possible de faire de plus grosses actions en prenant moins de risques. C’était une leçon que j’aurais dû apprendre plus tôt, avant d’être pourchassé par la police après avoir tagué un McDonalds, ayant ainsi mon nom cité dans les journaux en tant que ‘membre suspecté de l’ALF’, m’exposant alors à de longues années de prison pour du vandalisme de rue. C’est là où l’ALF suédois avait raison : commence fort puis frappe encore plus fort.

Rien de tout cela n’est vraiment compliqué. Lorsque la volonté est là, le reste se fait tout seul. La première attaque fut réalisée par un petit groupe se rendant dans un laboratoire, trouvant la pièce où ils savaient que des animaux étaient à l’intérieur, et forçant la porte. Le DBF n’a pas commencé par faire des pas de bébé, en apprenant toutes les compétences requises pour le cambriolage, ni n’a attendu le ‘bon moment’ qui ne vient jamais. Le moyen le plus rapide de se rendre d’un point à un autre est une ligne droite. Les laboratoires n’ont même pas besoin de cadenasser les portes s’ils arrivent à nous faire croire qu’il est impossible de rentrer à l’intérieur.

Historiquement, la plupart de l’activité de l’ALF fut effectuée par un petit groupe de personnes. Bien qu’il soit impossible (et imprudent) de spéculer trop grandement, les faits ayant émergé à travers le temps indiquent qu’un taux disproportionné de grandes actions ALF était le fruit de quelques petits groupes dédiés à la cause. Que ce soit les dix premières années de DBF, la campagne américaine Green Scare, les récits disponibles comme ‘From Dusk Til Dawn’ et l’opération Bite Back, les recherches que j’ai fait pour mon propre livre, les mêmes modèles apparaissent encore et toujours ; les plus grandes campagnes sont effectuées par un très petit nombre de personnes déterminées.

Le plus grand obstacle pour les actions ALF effectives n’est pas le manque de compétences ou de moyens, c’est la détermination. Les barrières qui stoppent l’action directe effective ne sont pas la connaissance technique ou l’entraînement, ce sont les voix dans les têtes qui disent ‘cela ne peut pas être réalisé.’

Vous apprenez sur le terrain. En l’absence d’un diplôme de cambrioleur, beaucoup de choses ont été accomplies en se rendant simplement à un laboratoire en plein milieu de la nuit avec les bons outils, et en décidant de la suite de l’action sur le moment. La première attaque de l’ALF suédois fut sur une école de dentiste, avec un pied de biche, trois tournevis, et la détermination de libérer. C’est tout. Les animaux n’ont pas besoin de rêveurs, et internet ne vous apprendra pas comment libérer des animaux. Vous apprenez comment attaquer un éleveur de fourrure en attaquant un éleveur de fourrure.

Quelques années plus tard des amis ont visité la Suède et m’ont ramené des histoires mythologiques sur l’ALF suédois et sa forte activité au milieu des années 90. Ma préféré était que le chanteur de mon groupe de hardcore suédois favori avait écrit une chanson anti-action directe après que DBF ait brûlé le restaurant de son père qui servait de la viande. Une autre légende, très certainement exagérée avant qu’elle n’arrive en Amérique du Nord, était qu’à un moment au cours des années 90, l’ALF d’Umea (ville de Suède) n’avait plus rien à brûler.

Si nous devions mesurer l’importance historique de l’ALF en se basant sur sa consistance, l’importance des actions, et (le plus important) le nombre d’animaux sauvés, la lecture de ce livre prouve que l’ALF suédois gagne sur tous les terrains.

En raison de problèmes juridiques et l’éventuelle apathie de ces propres acteurs/actrices, l’histoire de l’ALF reste trop souvent non écrite. Consommez ce récit en tant que simple lecteur et vous trouverez une bonne histoire. Consommez-la en tant que guerrier/guerrière en herbe et vous trouverez les clés pour faire partie du prochain chapitre de l’histoire de la libération animale.

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