Le goût amer du café

Caf

Il y a deux principales types de café : arabica et robusta. Le premier (considéré de meilleure qualité) vient en grande partie d’Amérique Latine, d’Éthiopie et du Kenya. Le deuxième vient du Brésil, du Vietnam et de L’Ouganda. Malheureusement, le café est lié à une histoire de colonisation et d’esclavagisme. En outre, la production de ces récoltes signifie bien souvent une exploitation et dégradation environnementale.

Le travail des enfants

Le travail des enfants est très largement répandu dans la culture du café. Lorsque le prix du café augmente, les raisons pour les familles de retirer leurs enfants de l’école pour aller travailler à la place augmentent aussi; et de la même manière, lorsque le prix devient plus faible, la pauvreté s’accentue dans les régions qui sont dépendantes de cette culture, et cela peut aussi empêcher les enfants d’aller à l’école. Puisque de meilleurs niveaux d’éducation sont liés à un meilleur revenu sur le long terme, et que les enfants issus de familles pauvres ont plus de probabilité d’aller travailler plutôt que d’aller à l’école, le travail des enfants maintient le cycle de la pauvreté sur des générations, et c’est pour cela qu’il est très important de s’assurer que ces enfants puissent aller à l’école et que les fermiers/fermières aient un salaire décent afin que l’argent qu’ils/elles gagnent ne soit pas uniquement basé sur le prix d’une commodité.

Une étude au Brésil a révélé que le travail des enfants était approximativement 37% plus important – et l’inscription à l’école 3% plus faible – que la moyenne dans les régions où le café est produit. Les enfants travaillent souvent de 8 à 10 heures par jour et sont exposés à de multiples dangers sanitaires et de sécurité en récoltant et manipulant le café, comme une surexposition au soleil ou encore le contact aux produits chimiques toxiques.

Lors de la saison de récolte, plus de 40% des travailleurs sont des enfants. Les enfants – tout comme les femmes – sont employés en tant que travailleurs temporaires et ont donc des salaires plus faibles que les hommes adultes. Au Kenya, par exemple, ces travailleurs temporaires gagnent généralement 10 euros par mois. Bien qu’il y ait des fermes où les enfants participent à des tâches ‘simples’ pour une partie de la journée, il y a des régulations contre le travail des enfants qui existent dans ces pays produisant le café, mais les pressions économiques empêchent les autorités de renforcer la loi de quelque manière que ce soit.

L’esclavagisme

Beaucoup de personnes travaillant dans les récoltes de café sont rendus esclaves à cause d’une dette péonage – autrement dit un travail forcé pour payer leurs dettes. L’élite propriétaire des terres dans les régions productrices de café possèdent des plantations très larges où une main d’oeuvre permanente est nécessaire. Dans ces plantations, la seule manière de se procurer des biens essentiels est bien souvent le magasin dirigé par le propriétaire des terres, puisque les travailleurs ne sont pas capables d’aller s’approvisionner ailleurs en raison de leurs longues heures de travail, un manque de moyen de transport, ou des contraintes les empêchant de se déplacer en dehors de ces terres. Puisqu’ils/elles ont un salaire inférieur au salaire minimum et sont forcé.e.s à acheter des produits encore plus chers au magasin dirigé par le propriétaire, les travailleurs s’en sortent avec très peu voir aucun argent de côté en récompense de leurs longues et difficiles heures de travail – pire, ils/elles peuvent même devenir endetté.e.s par l’entreprise et ainsi être forcé.e.s de travailler encore plus pour rembourser leurs dettes. Il n’est pas rare de voir des familles qui travaillent en permanence sur ces plantations vivre sur ces terres pendant des générations, parfois étant encore plus endettées à cause des loyers, des prêts en augmentation ou des soins urgents de santé. Le travail forcé mis de côté, les conditions de travail au sein des plantations de café sont injustes et souvent illégales.

Un étude sur les travailleurs au Guatemala révèle que la grande majorité ne reçoit pas d’argent pour les heures supplémentaires ni les avantages en tant qu’employé.e.s qui sont requis par la loi, et près de la moitié ont un salaire inférieur au salaire minimum de ce pays. D’autres groupes participant à la même étude ont révélé des discriminations contre les femmes, des conditions d’hygiène et sanitaires déplorables, le travail des enfants, un manque de règles d’hygiène et de sécurité requises par la loi ainsi qu’un manque d’accès à l’éducation.

L’exploitation des animaux non-humains

L’une des dernières préoccupations quant au commerce du café est la pratique qui consiste à nourrir des animaux avec les graines de café pour ensuite utiliser les graines excrétées à la consommation. Le café Kopi Luwak par exemple, est une variété de café indonésien produit en donnant les graines de café comme nourriture à des civettes palmistes hermaphrodites, un petit mammifère que l’on trouve dans les jungles asiatiques. Les producteurs de café disent que le procédé de digestion de la civette augmente les saveurs de la graine. La popularité de ce type de café a poussé à l’élevage intensif de ces animaux qui vivent dans des cages et sont gavés de graines de café.

Civette palmiste hermaphrodite

Un procédé similaire est utilisé à travers une pratique naissante donnant comme nourriture les graines de café à des éléphants, ce qui est encore plus triste puisque cette pratique existe dans un sanctuaire pour éléphants en Thaïlande où une vingtaine d’éléphants consomment ces graines des plantations alentours. Nommé café Noir d’Ivoire, cette variété de café très coûteuse n’a pour le moment pas la même popularité que le café Kopi Luwak – et les producteurs assurent que les éléphants ne sont pas lésés de quelque manière que ce soit – mais cela est de toute façon une tendance troublante de l’exploitation animale.

L’impact environnemental

Dans un environnement naturel, la plante de café pousse dans les bas retranchements des forêts tropicales et subtropicales. En agriculture, le café peut pousser à l’ombre des arbres ou au soleil dans un champ ouvert. La culture du café à l’ombre des arbres est bonne pour l’environnement sous beaucoup d’aspects, en prévention de l’érosion du sol et en offrant un refuge pour certaines espèces natives dans les régions fragiles écologiquement et extrêmement diverses biologiquement là où le café est cultivé. Les plantes utilisées pour faire de l’ombre peuvent rapporter de l’argent supplémentaire aux fermiers/fermières. Encore plus, de par la prévention de l’érosion du sol, le café produit à l’ombre nécessite moins de substances chimiques et moins d’eau. Le produit est souvent considéré de meilleure qualité, mais beaucoup d’entreprises grillant les graines de café ont conçu des moyens pour réduire l’amertume des graines de café moins chères, augmentant ainsi la demande pour du café bon marché. Puisque les rendements sont plus faibles dans les formes intensives de production du café, les cultures à l’ombre sont de plus en plus remplacées par celles au soleil – et dans certains cas, la culture du café est abandonnée pour laisser place à des formes d’agriculture encore plus destructrices, comme raser les forêts pour les transformer en pâturages afin de nourrir les vaches exploitées dans l’industrie de la viande et du lait.

La production de café au soleil appauvrit les nutriments dans le sol et c’est la raison pour laquelle les plantations utilisant cette méthode durent généralement une quinzaine d’années avant que les fermiers/fermières aient besoin de replanifier ces cultures pérennes. La production réduit avec la qualité du sol, après une courte période il devient donc économiquement conseillé d’abandonner la plantation et de raser une nouvelle partie de terre – un modèle catastrophique d’un point de vue environnemental. De son coté, la culture du café à l’ombre peut être productive pendant plus de trente années. Malheureusement, la production à grande échelle a complètement vidé les terres de leurs nutriments dans beaucoup de parties du Brésil, tellement vidées que ces terres ne peuvent même plus être utilisées pour l’agriculture. Le café produit au soleil a également besoin de beaucoup plus de produits chimiques, de fongicides, faisant ainsi du café le troisième produit le plus exposé chimiquement au monde.

Si l’on prend en compte les niveaux de pauvreté dans les régions où le café est produit, les travailleurs ne sont bien souvent pas capables de s’acheter un équipement adéquate pour se protéger de cette exposition ; et dans d’autres cas ils/elles choisissent simplement de ne pas l’utiliser car ils/elles ne se rendent pas compte des dangers.

Dans la production du café, la peau et la pulpe du café sont retirées et jetées. Bien que ces déchets soient d’excellents composts, ils sont la plupart du temps jetés dans les cours d’eau, et cela a un effet négatif sur la qualité de l’eau. Il y a deux méthodes pour gérer les graines de café : mouillé et sec. Le procédé sec est préférable d’un point de vue environnemental – les graines sont simplement séchées au soleil. Le procédé mouillé nécessite en revanche beaucoup d’eau et engendre beaucoup de gaspillage. Ce dernier est la méthode privilégiée pour le café arabica, qui représente environ 85% de la consommation de café globale.

Les étiquettes sur le café – que veulent-elles vraiment dire ?

Il y a un certain nombre de certifications applicables au café qui affirment que telle ou telle marque utilise des graines produites éthiquement. Le café certifié bio doit être produit avec des graines qui ont poussé sans pesticides ou fertilisants synthétiques. L’agriculture bio n’autorise pas les OGM, et les fermiers/fermières utilisent des fertilisants bio ainsi que des alternatives plus sûres que les fongicides et les produits chimiques plus courants. Malheureusement, les méthodes de culture à petite échelle et l’utilisation de la méthode ‘à l’ombre’ amènent de pauvres rendements. Bien que la production de café bio soit environnementalement méliorative, les avantages économiques sont difficiles et pour les fermiers/fermières vivant dans la pauvreté le combat au jour le jour pour nourrir sa famille va naturellement devenir plus important que la qualité de l’eau ou l’exposition aux produits chimiques. Bien que le café certifié bio soit vendu très cher, les faibles rendements ne permettent pas à beaucoup de fermiers/fermières de vouloir obtenir cette certification.

Une étiquette plus récente se focalisant sur les effets environnementaux du café est la certification Rainforest Alliance, souvent présente sur les produits de Kraft ou Nestlé. Malheureusement, les standards sont tellement bas que cette certification n’a quasiment aucune signification. Contrairement au label commerce équitable, la certification Rainforest Alliance ne garantit pas de prix minimum pour les producteurs, les laissant ainsi vulnérables face à la fluctuation des prix du prix du café dans le commerce international. Bien que cette certification présente quelques améliorations quant à l’usage des produits agrochimiques, la culture bio n’est pas strictement requise.

Les initiatives Commerce Équitable ont pour but de fournir aux fermiers/fermières un prix équitable pour leurs graines de café et leur travail ; cela dit, la crise du café – une chute drastique du prix du café au cours des dernières décennies – a endetté beaucoup de fermiers/fermières. Lorsque les revenus supplémentaires générés par le label commerce équitable sont détournés pour payer les dettes et les coûts de production en constante augmentation, les conditions de vie des familles dépendantes du commerce du café n’évoluent pas. Pour cette raison, l’étiquette commerce équitable ne garantit pas des conditions raisonnables de vie pour les fermiers/fermières, ni de meilleures conditions de travail. De plus, il est important de mentionner que le surplus payé pour un produit commerce équitable n’est pas entièrement destiné aux fermiers/fermières. Une bonne partie est ainsi utilisée dans la publicité, l’administration et à d’autres étapes de la production. L’étiquette commerce équitable est un pas en avant dans la bonne direction mais ne peut pas résoudre les problèmes d’inégalités de l’industrie du café ; comme Bradley R. Wilson l’a souligné, ‘Il y a d’autres facteurs politiques et économiques en dehors du prix qui doivent être pris en compte pour que les fermiers/fermières aient un niveau de vie décent et puissent sortir de l’endettement.’

Ce que nous recommandons

Les peuples des pays riches doivent comprendre que le café est un produit de luxe, et ainsi réduire leur consommation afin de diminuer l’impact environnemental et social. La loi peut être utile pour réduire la déforestation mais ne sera jamais complètement effective, et sur le long terme nous devons agir pour réduire les incitations à la culture du café.

Source : http://www.foodispower.org/coffee/

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