Capitalisme + came = génocide : Partie 4 – Capitalisme et crime

Black-Panther-Free-Food-Program

Ceci est une traduction d’un article écrit en 1970 par Michael « Cetewayo » Tabor, l’un des leaders du groupe Black Panthers de New York. C’est une critique cinglante de la fonction des drogues dans les communautés noires. Ce texte est malheureusement toujours d’actualité et sert également de testament pour toutes les communautés opprimées.

La vente de came est sans le moindre doute l’une des entreprises capitalistes les plus rentables. Les bénéfices se comptent en milliards. Nationalement et internationalement, le commerce et la distribution de l’héroïne est en fin de compte contrôlé par la Cosa Nostra, autrement dit la Mafia.

Une bonne partie des bénéfices amassés par le commerce des drogues est utilisée pour financer des entreprises soi-disant légitimes. Ces entreprises légitimes qui sont contrôlées par la Mafia sont également utilisées pour faciliter la contrebande de drogues. Lorsque l’on sait que le crime organisé est une entreprise en constante expansion, cela signifie que cette dernière est constamment à la recherche de nouveaux investissements dans le but d’augmenter les bénéfices. De cette manière, de plus en plus de bénéfices illégaux sont canalisés dans ces entreprises légitimes. Des partenariats entre la Mafia et des ‘hommes d’affaire honorables’ sont à l’ordre du jour. Il y a une relation directe entre les capitalistes légitimes et illégitimes.

Au cours des années, un certain nombre de politiciens, ambassadeurs étrangers et riches hommes d’affaires ont été arrêtés pour des activités liées au commerce de drogue. D’autres ont réussi à échapper à l’arrestation en raison de leur richesse et leur influence. Au cours de l’automne 1969, il fut découvert qu’un groupe de financiers new-yorkais proéminents finançait directement des opérations internationales de contrebande de drogue. Aucune inculpation ne suivit l’affaire. Peu de temps après, un groupe de riches hommes d’affaires originaires d’Amérique du Sud furent arrêtés dans un hôtel de luxe de New York avec plus de 10 millions de dollars de drogue.

Le capitaliste est naturellement un prédateur vorace, il n’est donc pas surprenant de voir des soi-disant hommes d’affaires grandement impliqués dans le commerce de drogues. Les capitalistes sont motivés par un plaisir insatiable pour les bénéfices. Ils feront tout et n’importe quoi pour de l’argent. Les activités du ‘crime organisé et des ‘capitalistes légitimes’ sont inextricablement liées, si complètement entrelacées, que de notre point de vue chaque distinction effectuée entre les deux est purement théorique.

La reconversion de la Mafia, leurs investissements et créations d’entreprises en constante augmentation, ont été accélérés par les lourdes peines de prison infligées aux profiteurs de drogues. A New York, cela s’est traduit par le retrait graduel de la Mafia de sa position dominante sur le commerce de drogues. Le commerce de drogues est désormais dominé par des exilés cubains, dont beaucoup d’entre eux sont d’anciens militaires ou agents de police du régime Batista pré-révolutionnaire. Ils sont tout aussi impitoyables et véreux que la Mafia.

Ces nouveaux seigneurs de drogues ont établi un large réseau de contrebande internationale. Ils utilisent les routes d’échange traditionnelles et en créent de nouvelles, comme il l’a été indiqué par le nombre grandissant de drogues interceptées en provenance d’Amérique du Sud.

Le concept de ‘Puissance Noire’ a influencé chaque quartier de la communauté noire. Cela en est venu à un contrôle noir des institutions et activités qui sont centrées sur la communauté noire. Les professeurs noirs demandent un contrôle communautaire noir des écoles du ghetto. Les hommes d’affaires et marchands noirs veulent expulser les hommes d’affaires blancs du ghetto dans le but de maximiser leurs bénéfices. Les gestionnaires noirs demandent un contrôle total des opérations financières du ghetto. Et les vendeurs de drogues noirs demandent un contrôle communautaire de l’héroïne. C’est une tragédie de constater qu’à New York les plus grands bénéfices au sein de la communauté noire sont faits par les raquetteurs noirs, les banquiers-financiers et les vendeurs de drogue, autrement dit par les noirs capitalistes. Avant 1967, il était très rare de voir un vendeur de drogue noir  manipulait plus de 3 kilos d’héroïne au cours d’une certaine période. Les importateurs noirs indépendants étaient non-existants. Désormais, il y a tout un groupe de noirs qui sont devenus importateurs, utilisant les listes de connections européennes fournies par la Mafia.

L’ampleur et le taux instantané des bénéfices accumulés par l’industrie de la drogue pourrait susciter de l’envie chez des multinationales comme General Motors et Standard Oil. Du plus haut niveau au plus bas niveau, les bénéfices sont gigantesques. Si l’individu est suffisamment ambitieux, rusé, impitoyable et vicieux, il peut grimper à l’échelle d’un colporteur de ruelles à un important distributeur/grossiste en un rien de temps.

L’une des caractéristiques de l’oppression raciale et de classe est cette méthode que la classe supérieure utilise pour laver le cerveau de l’opprimé en lui faisant accepter son oppression. Initialement, ce programme est maintenu en implémentant vicieusement de la peur dans les esprits et en semant les graines de l’infériorité dans les âmes de l’opprimé. Mais alors que les conditions objectives et la balance de forces deviennent plus favorables pour l’opprimé et plus péjoratives pour l’oppresseur, il devient nécessaire pour l’oppresseur de modifier son programme et d’utiliser des méthodes plus subtiles et sournoises afin de maintenir son règne. L’oppresseur tente alors de déstabiliser psychologiquement l’opprimé en combinant cette méthode de répression vicieuse avec des gestes spectaculaires de bons et loyaux services.

Si l’on s’en tient au fait que les personnes de couleur noire ont abandonné les tactiques inefficaces de cette ère de ‘Droits Civiques’ et sont désormais résolues à obtenir leur libération à n’importe quel prix, il est devenu nécessaire pour l’oppresseur de déployer des forces d’occupation dans les colonies noires. L’oppresseur, particulièrement à New York, réalise que cela ne peut pas être réalisé ouvertement sans intensifier la ferveur révolutionnaire des personnes au sein de la colonie noire. Il trouve donc un prétexte pour implémenter plus de flicaille à l’intérieur du ghetto.

Et quel est ce prétexte ? Quelque chose dans ce genre : des chefs de la communauté noire nous ont informés, et leurs rapports s’accordent avec les soupçons de la police, que la communauté noire est ravagée par le crime, les vols, les cambriolages, les meurtres et le désordre. Les rues ne sont pas sûres, les magasins sont infestés par les vols à main armée, les commerces ne peuvent pas continuer ainsi. La mairie s’accorde avec les résidents pour affirmer que les principaux responsables de cette situation horrible sont les toxicomanes qui attaquent les innocents. Oui, nous accusons les toxicomanes pour ces taux de crimes en constante augmentation. Et la mairie répondra aux cris désespérés des résidents noirs demandant une meilleure protection en envoyant plus de police.

Dire que les victimes de cette peste sont responsables de la plupart des crimes dans le ghetto noir est un fait. Dire que les addicts noirs sont à l’origine de la plupart des cambriolages et vols dans la communauté noire ne peut pas être contredit. Mais avant de demander plus de protection policière par désespoir, souvenons-nous qui a apporté cette peste à Harlem, Bedford et dans toutes les autres communautés noires. Souvenons-nous qui profite en fin de compte de l’addiction à la drogue du peuple noir. Souvenons-nous que la police est une
armée étrangère et hostile envoyée dans les colonies noires, non pas pour protéger les vies du peuple noir, mais plutôt pour protéger les intérêts économiques et les propriétés privées des capitalistes et pour s’assurer que le peuple noir reste calme, à sa place. Lindsay et Rockfeller ne pourraient pas plus se foutre des vies du peuple noir. Et si nous ne savons toujours pas ce que la police pense vraiment de nous, alors nous sommes en très mauvaise posture.

Vous pouvez lire la Partie 1 – Le problème

Partie 2 – L’échappatoire et l’autodestruction

Partie 3 – L’accro à l’héroïne

Partie 4 – Capitalisme et crime

Partie 5 – La flicaille

Partie 6 – Révolution

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s