Capitalisme + came = génocide : Partie 3 – L’accro à l’héroïne

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Ceci est une traduction d’un article écrit en 1970 par Michael « Cetewayo » Tabor, l’un des leaders du groupe Black Panthers de New York. C’est une critique cinglante de la fonction des drogues dans les communautés noires. Ce texte est malheureusement toujours d’actualité et sert également de testament pour toutes les communautés opprimées.

L’activité qui offre le plus d’échappatoire est aussi la plus autodestructrice. C’est aussi l’une des plus rentables pour les capitalistes, et par conséquent celle qui encourage le plus à la consommation. Il s’agit de l’addiction aux drogues, en particulier l’addiction à l’héroïne.

En 1898, un chimiste allemand a découvert la diacétylmorphine, que l’on nomme désormais héroïne. Cette dernière fut saluée comme étant le remède parfait pour soigner les accros à la morphine. Mais il devint rapidement évident qu’elle était encore plus addictive que la morphine. Dans les années 1920, il y avait donc des accros qui s’injectaient de l’héroïne directement dans les veines. La production d’héroïne fut alors interrompue aux USA et la drogue ne fut plus utilisée en tant qu’antidote pour l’addiction à la morphine ni en tant que tranquillisant.

L’addiction à l’héroïne, cette peste, ce fléau des colonies noires de Babylone. Cette peste, aux pouvoirs destructeurs à tous les niveaux ; spirituels, moraux, psychologiques et sociaux, dépasse largement toutes les maladies connues à ce jour par l’humanité. Cette peste, l’opium venant de Turquie, envoyée à Marseille, transformée en morphine, puis convertie en héroïne, passée aux USA par contrebande, coupée, diluée, puis distribuée dans les ghettos noirs. Cette peste, létale, toxique, avec sa substance de poudre blanche, vendue par des dépravés, des bêtes assoiffées d’argent, aux jeunes noirs qui cherchent désespérément un peu de défonce, un moyen, n’importe lequel, pour leur permettre d’oublier cette misère noire, cette pauvreté abjecte, ces maladies et ces dégradations qui engloutissent leur vie de tous les jours.

A la base c’est ce que cette peste produit. Sous son influence sinistre, ce ghetto oppressif et nauséabond qui ressemble plus à une prison qu’autre chose devient un paradis noir artificiel. La personne devient imperméable à ces immeubles desquels émane une puanteur rance de pisse, n’est plus affectée par les cris perçants des Noirs qui deviennent fous à cause de ce système social sadique. Elle n’est également plus affectée par le gémissement assourdissant des sirènes de la flicaille alors que leurs voitures traversent les rues de l’enfer noir en réponse à l’appel d’autres flics qui sont dans un état de détresse bien mérité. Elle n’est pas affectée par les canettes vides qui s’empilent, les maladies qui se transmettent et les ordures qui débordent des rues du ghetto.

Oui, sous cette influence d’extase cette personne oublie les hideuses réalités. Mais il y a une astuce, une astuce cruelle et monstrueuse, une arnaque mortelle qui attend la jeune et naïve victime, lorsque cette beauté illusoire créée par la montée de l’injection d’héroïne commence à redescendre, et par conséquent, que l’immunité temporaire face à cette réalité, acquise par cet état de transe chimique, disparaît également. Cette réalité à laquelle la victime pathétique cherche si désespérément à échapper lui retombe une fois de plus dessus et la ré-engloutie. L’odeur des immeubles à la puanteur rance de pisse assaillissent ses narines. Ces cris de folie des Noirs se mêlent aux sirènes de la flicaille. Elle les entends désormais, très fortement et très clairement – en stéréo. Et toutes ces ordures qui sont étalées à travers les rues, elle les sent sous ses pieds.

La jeune victime ne va pas mettre longtemps à s’apercevoir que le seul moyen d’atteindre ce sanctuaire qui lui permet d’échapper à cette hideuse réalité est de prendre une autre dose. Chaque gramme de cette peste que la victime s’injecte dans le sang la rapproche de sa tombe. Très tôt la victime est épuisée, accro. Elle est physiquement et psychologiquement dépendante à cette peste. Son corps et son esprit sont accros à l’héroïne. Elle est désormais membre à plein temps de la société Cloud 9. Son corps commence à prendre une apparence décimée. Un mépris impudique est affiché sur ses vêtements. Le fait que son tee-shirt soit crasseux et ses chaussures sans semelles paraît sans importance, la victime marche virtuellement pieds nus. Le fait que son corps sale n’ayant pas été lavé émette une odeur inquiétante la dérange un tout petit peu. Le fait que ses ami(e)s sobres la fuient et la regardent avec mépris n’a aucune importance, puisque les sentiments sont mutuels. Ils/elles n’ont plus rien en commun. Plus rien n’a d’importance. Plus rien à part l’héroïne, cette peste.

Alors que la victime continue à s’intoxiquer, son corps commence à créer une sorte d’immunité à la drogue. Désormais, pour obtenir cette montée euphorique il faut augmenter les doses. Cela signifie que la victime doit obtenir plus d’argent. Rendue esclave la victime est prête à tout pour un sachet ou pour une dose. Mentir, voler, tricher, tout cela ne pose pas de problème. Tout ce que la victime doit faire pour une dose, elle le fait, puisqu’elle est esclave de cette peste.

C’est un cercle vicieux. La victime viole ce que l’autorité nomme loi afin d’obtenir l’argent nécessaire pour nourrir son addiction. Inévitablement elle se fait arrêter. Elle va en prison, et après avoir effectuée sa peine elle est relâchée. La première chose qu’elle veut est une dose d’héroïne. Le cycle continue. Et elle s’enfonce de plus en plus dans ce cercle épouvantable de dégradation. Et là-bas, comme toujours, certaines personnes se ravissent de voir cet accro encore plus accro ; la flicaille, le dealer, le fournisseur, distributeur de mort, impitoyable, meurtrier de cette planète, capitaliste infâme, vendeur de mort, de peste, qui pousse à la consommation.

Vous pouvez lire la Partie 1 – Le problème

Partie 2 – L’échappatoire et l’autodestruction

Partie 3 – L’accro à l’héroïne

Partie 4 – Capitalisme et crime

Partie 5 – La flicaille

Partie 6 – Révolution

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