Levez votre poing en l’air et éloignez-vous du Hippie!

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Texte publié dans le journal d’Earth First! en 2002

Le hippie, personnage récurrent de la culture populaire, est devenu en quelque sorte une figure mythique aux États-Unis. La culture populaire, avec sa représentation des hippies les décrivant comme des individus perchés et drogués, incapables d’enchaîner deux phrases à la suite, a fait plus pour la création du mythe que n’importe quel autre mouvement ou action dans lesquels des hippies ont été impliqués. Quiconque croit en une idéologie ou mode de vie en dehors de la norme (le végétarisme, véganisme, l’écologie, l’éthique en tant que consommateur, la conscience de classe, ou l’anticapitalisme) est étiqueté hippie par ceux vivant dans le statu quo. Cependant, dans les mains de la culture populaire, la plaisanterie est toujours portée sur le hippie qui persiste à vivre comme si les années 60 ne se seraient jamais terminées. Les hippies sont des hippies. Qu’on soit en 2002 semble ne faire aucune différence : vrai ou faux ?

La différence saute aux yeux. Bien que beaucoup de membres d’Earth First ! ressemblent aux hippies (des cheveux longs, des vêtements en patchwork), sentent la même odeur que les hippies (l’odeur du corps combinée avec du patchouli ou du santal) et vivent comme des hippies (coopératives, vie en collectivité, fermes), quelque chose est radicalement différent. C’est cette différence que je souhaite explorer dans cet article. Pourquoi est-ce si important et qui s’en soucie vraiment ? Je voudrais suggérer que n’importe quel « membre » d’Earth First ! doit s’en préoccuper. L’association avec le mythe du hippie est nuisible au travail que les « EarthFirst!ers » tentent d’accomplir.

Tout d’abord, quelle est la définition précise d’un hippie ? Le mot lui-même est si arbitraire et subjectif que l’on a du mal à lui donner une définition unique. Bien que ma propre définition ait certainement été façonnée et formée dans une certaine mesure par la culture populaire (incluant des documentaires d’History Channel sur le Summer of Love), le coeur de ma définition provient de mon expérience durant de longues années, sur des tournées avec des fans du groupe Grateful Dead, entouré par des personnes se réclamant du surnom de « hippie ». Une définition axée sur deux points principaux du terme  » hippie » est le résultat de mes années de recherche empirique.

La notion de privilège forme la première couche de ma définition. Les hippies sont privilégiés : parfois privilège de classe, parfois privilège blanc. Les deux ne sont pas mutuellement exclusifs, ils ne sont pas toujours appariés non plus. Choisir de vivre un certain style de vie à l’extérieur du statu quo est un privilège, le mot-clé étant « choisir ». Prenez le végétarisme par exemple. Pour la plupart des personnes dans le monde, la capacité de choisir de ne pas manger quelque chose est inaccessible. Le style de vie du hippie pivote autour de la liberté de choisir. Les hippies choisissent de ne pas se laver. Ils font le choix de vivre en collectif avec 2, 3, ou 15 autres personnes. En revanche, la classe ouvrière et les pauvres ne possèdent pas la même liberté de choix ni de faire les mêmes choix s’ils le pouvaient. Le manque de conscience de classe du hippie est aussi choquant qu’absurde. Le fait de délibérément ignorer ce problème est un cachet du privilège bourgeois. Comment est-il possible d’ignorer le fait que les hippies sont capables de vivre leurs choix de vie de manière libre seulement parce que la classe ouvrière et les pauvres tirent le diable par la queue et vivent dans la misère la plus abjecte ?

Le narcissisme et l’hédonisme, combinés avec l’aveuglement collectif, forment la deuxième couche de ma définition du « hippie ». Avec la liberté de choix que le privilège de classe fournit, les hippies s’engagent dans le cycle interminable de la quête du plaisir. Ils/elles voyagent dans le monde entier avec leurs passeports, passent leurs soirées à faire cuire des repas et socialisent avec des amis, fument de l’excellente herbe, ne travaillent jamais de « neuf à cinq », passent l’hiver au sud et l’été au nord. Pour les hippies, le plaisir individuel est toujours au premier rang. Peu importe si des sociétés se déchaînent sur les forêts primaires, que 42 millions de personnes aux USA n’ont pas d’assurance maladie, qu’un quart des Africains est infecté du VIH/SIDA, que les Palestiniens sont exterminés par l’état d’Israël, que chaque nuit de la semaine ici au sud-ouest, des milliers de personnes risquent leur vie, fuyant à travers le désert en suivant les veines ouvertes de l’Amérique Latine dans le ventre de la bête.

De nouveau, le manque de conscience de classe est aussi absurde qu’il est choquant. Comment fait-on pour vivre une existence consacrée au principe du plaisir face à des petites réalités de la vie comme celles mentionnées dans la note écrite ci-dessus ? Il est facile d’agir de la sorte quand on utilise son privilège de classe et/ou son privilège blanc pour atteindre ses propres buts narcissiques et hédonistes. Ainsi, qu’est-ce qui différencient les hippies d’aujourd’hui à ceux des années 1960 et quel est le rapport avec Earth First ? Pour commencer, le privilège de choisir peut certainement être appliqué à beaucoup de « EarthFirst!ers ». C’est un privilège de choisir de se battre pour la Terre Mère. C’est un privilège d’habiter dans un arbre. C’est un privilège d’obtenir l’équipement nécessaire pour construire un camp de base, en utilisant la technique du vol à l’étalage comme suggéré dans le « Earth First ! Direct Action Manual » (les blondes aux yeux bleus vont probablement être beaucoup moins suivies dans un magasin en faisant des courses). Si la personne est emprisonnée pour une raison quelconque, fréquemment un parent connaît (ou est) un bon avocat et le coupable est libéré avec juste « une tape sur les doigts ». Le privilège est tout.

Mais les « EarthFirst!ers » diffèrent du hippie défini ci-dessus. Ce qui les caractérise est leur militantisme et leur dévouement absolu à la Terre Mère plutôt que l’hédonisme ou le narcissisme. Contrairement au hippie apolitique, les « EarthFirst!ers » sont fortement politisés et sont souvent enracinés dans l’anarchisme. Le travail réalisé est de qualité. Il permet la survie des animaux et des individus dans le présent et l’avenir. Les activistes sont condamnés à de longues peines de prisons à travers le pays et certains, comme David « Gypsy » Chain, ont été assassinés pour leur militantisme. Pourtant le privilège existe toujours. Les « EarthFirst!ers » passent fréquemment leurs vacances sur toute la surface du globe, avec leurs passeports américains, et fréquentent les universités d’arts libéraux. Une contradiction. Que faire ?

Pour commencer, les « EarthFirst!ers » devraient contester l’image de leur mouvement comme un mouvement « hippie ». Ne vous leurrez pas; « le redneck », le punk ou les hippies vêtus de noir n’échappent pas à ce jugement. Comme je l’ai mentionné, la culture populaire et même ceux qui sont « un peu mieux informés » ne prennent pas les hippies au sérieux. Pourquoi le feraient-ils ? Les hippies eux-mêmes ne se prennent pas au sérieux. D’autre part, les « EarthFirst!ers » ne sont pas pris à la légère. Pourquoi alors ces derniers ne font rien pour détacher leur mouvement du mythe du hippie ? Pourquoi certains « EF!ers » n’ont-ils pas plus de conscience de classe que cela ? Quel but sert le harcèlement des ouvriers de l’enseigne « Staples » à Burlington dans l’État du Vermont ? (Voir le journal d’Earth First ! De Dec/Jan 2002)

Comment les « EF! Ers » osent-ils attaquer la bête de face en lui crachant au visage, en augmentant la charge de travail des personnes payées six dollars par heure ? Dire que la relation entre les « EF!ers » et les ouvriers se caractérise par de l’animosité est un euphémisme. Il n’est pas étonnant que des mouvements de base ouvrière à New York, comme « Vieques Support Campaign, Mujeres Para Paz y Justicia, Al-Awda: The Palestine Right To Return Coaltion, The Green Grocer Movement et New York: Not in Our Name » se méfient des « EF!ers ». N’y a-t-il aucune affinité entre les mouvements sur la côte Est, où l’accent est mis sur les zones urbaines et les mouvements sur la côte Ouest où l’accent est mis sur l’environnement ? Si les affinités n’existent pas, nous devons nous demander : Pourquoi pas ? Si la lutte pour la révolution nous affecte tous, alors pourquoi nous ne travaillons pas ensemble ? Comment des luttes comme celle pour les droits des réfugiés peuvent-elles s’inscrire dans le schéma politique d’Earth First ?

La source du problème (et donc de la solution) se trouve dans le camp du mouvement Earth First. C’est à vous tous/toutes de rendre public les connaissances que vous possédez en ce qui concerne la destruction environnementale et d’expliquer les tactiques que vous utilisez et pourquoi. Earth First ! pourrait utiliser l’appui d’autres mouvements à travers le pays. Beaucoup d’activistes d’Earth First ! languissent en prison, et d’autres feront certainement de même dans le futur. Les mouvements des droits de l’homme peuvent offrir un soutien financier afin de payer des avocats, s’impliquer dans les campagnes d’écriture de lettres à des prisonniers/prisonnières politiques et, plus important encore, contribuer à rendre les autres conscients de l’importance des actions EF!, permettant ainsi aux « EF!ers » de continuer à poursuivre leur travail. Cependant, pour que tout cela puisse arriver, les activistes d’Earth First ! doivent se détacher de l’image du hippie qui câline des arbres afin de s’engager dans les luttes quotidiennes de la classe ouvrière qui impactent tant l’environnement.

Une partie de cela viendra avec le privilège qui permet aux activistes d’Earth First ! d’être des activistes d’Earth First. Le même esprit de dévouement permettant la sauvegarde de la forêt primaire, doit être appliqué pour chaque militant. Vous devez être autocritique, reconnaître votre ou vos privilèges et défier l’idée que le mouvement hippie est associé à votre mouvement. Vous devez cesser de mépriser les ouvriers. Vous êtes confus. Les véritables ennemis sont les propriétaires et le système capitaliste, qui exploite et pille dans sa quête interminable de marchandises pour la vente et la (sur)consommation. Regardez les personnes qui vous accompagnent dans vos luttes. Demandez-vous pourquoi il n’y a pas beaucoup d’Afro-Américains. Combien d’ouvriers gonflent vos rangs ? Remettez vous en question et questionnez votre privilège. Il n’y a pas de temps pour le communautarisme auto-gratifiant. Ici, dans le monde réel, les mouvements stagnent et rien ne change. En fait, nous sommes en train de glisser en arrière. Quels ponts, Earth First ! construira-t-il avec d’autre mouvements et cela dans tout le pays ? Quel nouveau niveau de militantisme adoptera Earth First ?

Source : http://earthfirstjournal.org/newswire/2015/01/02/flingback-friday-raise-your-fists-in-the-air-and-step-away-from-the-hippie/#more-39811

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