L’animalisation du prolétariat

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L’animalisation des dépossédé.e.s a toujours été le procédé par lequel les dépossédé.e.s deviennent dépossédé.e.s. Le fait de réduire une personne a un statut de bête est ce que l’établissement de la suprématie inflige pour parvenir à ses fins. La condition de l’animalité est principalement le manque d’humanité. L’être est ainsi perçu en tant que personne pas complètement humaine, et se retrouve donc quelques part entre l’humanité et l’animalité. Ce mécanisme hiérarchique est une forme de relations de prédation constituées à travers la société, où les relations naturelles sont transférées en tant que relations sociales – pas la reproduction de la nature sur un terrain social, mais l’institution d’une nature différente à travers la société. Cette nature humanisée, prenant ses sources dans la nature mais divergeant de cette dernière, s’impose contre la nature ‘d’origine’ mais ne se distinct pas de celle-ci, contraignant ainsi les relations sociales humaines actuelles comme une forme idéaliste de la spontanéité de l’ordre naturel. L’animalisation est l’un de ces procédés historiques établissant une infériorité et une supériorité entre les humains, qui a par la suite condensé la signification d’animalité en tant que concept distinct qui s’oppose à l’humanité. Cette reproduction continuelle de l’animalité à travers l’histoire, a perpétué cette division entre les humains et les autres espèces car les humains sont eux-mêmes divisés entre ‘espèces sociales’, que l’on appelle ‘classes sociales’.

Les relations entre les humains et les autres espèces animales reflètent donc les relations entre humains, reproduites de manière condensée. L’objectif du capital est de reléguer chaque individu au statut de machine générant du profit. Dans les élevages de masse, l’exploitation des animaux est une reproduction du prolétariat de manière très intense : l’animal surexploité est tout juste une unité jetable dans la ligne d’accumulation de l’aliénation. L’hamburger produit et fournit un plaisir aliéné (par exemple McDonalds) à celles et ceux dont le travail produit l’accumulation du capital et ces derniers/dernières permettent à la classe capitaliste de s’offrir les plus grands des plaisirs aliénés. L’idée que les animaux souffrent dans les fermes industrielles est complètement étrange pour la plupart des gens, et bien souvent sujet à une indifférence totale. Comment le prolétariat pourrait s’incorporer dans la convergence des luttes si les travailleurs n’ont pas assez d’espace pour porter un regard sur eux-mêmes ? Le pivot sur lequel le capitalisme balance est l’égoïsme individuel qui ignore tout ce qui se passe en dehors de sa propre perception égoïste. La destruction des abattoirs ne pourra jamais être accomplie au sein du capitalisme parce que le capitalisme est par nature un système où l’instinct de prédation est sanctifié.

Ce que cette double prolétarisation montre plus que tout est que le prolétariat se consomme lui-même puisqu’il incarne les contradictions du capitalisme tout en faisant partie. En sanctionnant l’exploitation industrielle des animaux, l’ontologie industrielle du capitalisme se sanctionne elle-même. L’acte de dévorer de la viande sans questionner les procédés de production prouve une indifférence pour chaque être vivant. Ce n’est pas une question que seuls les intellectuels se posent dans des articles prétentieux que seuls les intellectuels lisent. Les écosystèmes sociaux et naturels avec lesquels nous sommes sans cesse connectés sont de plus en plus ravagés par les humains qu’ils ne l’ont jamais été auparavant, et fermer les yeux devant cette réalité signifie devenir un réceptacle passif de la civilisation capitaliste. La production alimentaire, qu’elle soit végétale ou animale, subit une transformation rapide qui adhère de plus en plus à une logique écoeuramment capitaliste . Notre complaisance avec tout type de régime est une complaisance avec le système capitaliste – c’est uniquement parce que les animaux sont des êtres sentients que nous donnons autant d’importance au véganisme et à la libération animale.

Mais ce n’est pas notre désir de remplacer les abattoirs par des énormes entreprises de burgers faits à partir de riz, et de véganiser le prolétariat. Véganiser le prolétariat reviendrait presque à annuler l’idéologie et la pratique du véganisme en soit. C’est l’usine en tant que catégorie industrielle que nous souhaitons détruire – parce que seulement la viande, humaine ou non-humaine, est parquée dans ces usines, pour le désir d’une classe sociale au-dessus d’une autre. L’insurrection contre le capitalisme est une insurrection contre les classes sociales, et le mouvement communiste est inévitablement le pouvoir de l’individu au sein d’une société libre. Tant que ce système de classes sociales pervertit l’humanité, l’abattage de masse et l’assujettissement des animaux seront toujours des problèmes basés sur la classe sociale. La communisation est le procédé qui dénoue l’humanité de ses innombrables liaisons néfastes et sépare ceux/celles qui cherchent à infliger de la douleur à d’autres êtres sentients pour leur propres intérêts et ceux qui refusent de le faire. L’animalisation des autres êtres sentients dans un monde révolutionnaire peut seulement être l’action d’individus ou de groupes, mais au sein du capitalisme c’est un procédé systématique qui nous rabaisse et nous marque tous et toutes.

Source : http://speciesandclass.com/2014/08/29/the-animalization-of-the-proletariat/

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