Bienvenue au Guatemala: un travailleur d’une mine d’or battu et brûlé vif lors d’une manifestation

Mine

La mine Marlin au Guatemala occidental appartenant à la société canadienne Goldcorp. Photo: David Hill

« Ils l’ont pris et lui ont versé de l’essence sur tout le corps. Puis ils ont craqué une allumette et l’ont enflammé. »

Doña A (ce n’est pas son vrai nom, pour des raisons de sécurité) se tenait debout, les bras croisés, légèrement appuyée contre une échelle, et parlait en Mam, une langue maya, tandis qu’un ami, un parent par alliance, traduisait en espagnol. Il y avait environ 20 Mams dans la pièce (surtout des femmes, des enfants et un homme âgé). Nous étions dans une maison en briques, dans les montagnes de l’extrême ouest du Guatemala, non loin de la frontière avec le Mexique, juste à côté d’une mine souterraine et à ciel ouvert d’or et d’argent du nom de Marlin.

Les Mams s’étaient réunis (à leurs risques et périls) pour parler de la mine et de l’impact qu’elle a sur eux. « Son mari a été tué par les travailleurs de l’entreprise » déclara soudainement une personne de l’assemblée, c’est du moins ce que voulait dire Doña A, « mais elle ne parle pas espagnol couramment », bien qu’il ait rapidement été suggéré qu’elle pourrait parler en Mam et ainsi, un ami traduirait pour elle.

« Nous avons entendu les cris et les hurlements mais nous ne savions pas ce qu’il se passait », a-t-elle poursuivi.

Deux frères de son mari étaient avec lui: ils ont dû fuir ou ils auraient été aussi brûlés vifs.

« Il ne voulait pas mourir, » dit-elle. « C’était la saison des pluies. Il y avait un peu d’eau, il a tenté d’y sauter afin que le feu s’éteigne. »

C’était en 2009 : Doña A indiqua le mois et le lieu du rendez-vous. Son mari n’a pas survécu. Il a finalement été transporté à l’hôpital, dit-elle, mais il est mort. Même si une plainte officielle a été déposée devant le bureau régional du procureur général, elle n’a pas donné de suite car Doña A a eu « peur » des conséquences.

« Ils ont dit qu’ils nous lyncheraient » dit-elle.

Pourquoi son mari a-t-il été tué ?

« Il faisait partie de la lutte », a déclaré l’ami de Doña A, répondant immédiatement. « Il défendait nos droits. Il informait les communautés sur les problèmes que l’entreprise minière a apporté avec elle, et il a aussi animé un rassemblement communautaire. »

Un avocat de la ville de Guatemala était dans la pièce avec nous. Il a déclaré que le processus de rassemblement avait été une initiative local qui a réussi à consulter 23 communautés de la région (qui étaient toutes contre la mine) mais « les menaces de mort » ont entre autres, mis un terme à l’initiative.

Mais comment Doña A peut-elle être sûre que cela a quelque chose à voir avec la mine et l’entreprise ?

Elle répondit à ceci plus tôt, ils l’ont interrogé: « Pourquoi êtes-vous contre l’exploitation de la mine ? » Ils portaient des cagoules. Ils lui ont demandé: « Pourquoi êtes-vous contre l’entreprise? » C’est ainsi que nous avons su qu’ils faisaient partie de l’entreprise.

Ceci est juste une des nombreuses histoires d’horreur que beaucoup de mayas Mams, mais aussi des mayas Sipacapenses, du district voisin, pourraient raconter à propos de Marlin (ils se sont prononcés contre, résistent et protestent depuis plus d’une décennie). Parlez à d’autres et vous retrouverez la même chose, les mêmes plaintes désespérées: intimidation, menaces, fracture sociale, violence, pots-de-vin mais aussi corruption des autorités locales, destruction et contamination des sources d’eau, élevages mourants, tremblements des habitations, murs fissurés, criminalisation de la protestation, forêt abattue ainsi que des dramatiques problèmes de santé tels que la malnutrition et des maladies de la peau.

En 2010, le Guatemala a été forcé de suspendre les activités à Marlin par la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) en raison de préoccupations au sujet des répercussions que celles-ci pourraient avoir, ainsi que de l’absence de consultation digne de ce nom des Mams et des Sipacapenses, mais cette demande a été ignorée et la CIDH fit plus tard marche arrière. En effet, en donnant son feu vert, le gouvernement a également ignoré un traité international, la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail, dont le Guatemala a ratifié en 1996 et qui reconnaît, entre autres: 1) les droits des peuples indigènes en tant que propriétaires et possesseurs des terres qu’ils occupent traditionnellement; et 2) les droits des peuples indigènes à être consultés sur les « mesures législatives ou administratives susceptibles de les affecter directement », et « qui doivent être effectuées avec l’objectif de parvenir à un accord ou d’obtenir leur consentement aux mesures proposées » (choses qui n’ont pas été faites en ce qui concerne Marlin selon les dires de bon nombres de Mams et de Sipacapenses).

Ce manquement à une entente cordiale avec les Mayas signifie également que la Société financière internationale de la Banque mondiale (SFI) n’a pas tenue ses garanties (ce qui n’est pas surprenant) quand elle a accordée un prêt catalytique de 45 millions de dollars en 2004 pour lancer les opérations. « La Directive opérationnelle » de la Banque a déclaré que « la consultation directe » doit être faite auprès des peuples indigènes.

La société qui gère Marlin est Montana Exploradora, une filiale de Goldcorp, basée à Vancouver, Canada. J’ai demandé à Goldcorp de commenter l’allégation de Doña A affirmant que les travailleurs de la compagnie avaient été responsables de l’embrasement de son mari. Elle reçut cette réponse venant de la Directrice de la Communication, Christine Marks :

L’allégation est clairement fausse. Goldcorp et sa filiale Montana Exploradora rejettent toute forme de violence et cela contre n’importe qui. Nous respectons le droit de tous les individus d’exprimer leurs opinions avec respect. Goldcorp et Montana Exploradora ont adopté les normes internationalement reconnues des « Principes volontaires sur la sécurité et les droits de l’homme ». Ces normes fournissent les directives pour les politiques de sécurité qui comprennent et démontrent le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Tous nos agents de sécurité sont formés aux « Principes volontaires », comme le sont les membres locaux de la police guatémaltèque et l’armée.

Interrogé sur les autres allégations (les intimidations, menaces, fracture sociale. . .), Marks m’a dirigé vers une page internet de Goldcorp où « vous trouverez les mythes communs qui se sont révélés à plusieurs reprises être des mensonges. » Cette liste de onze de ces « mythes », que réfute Goldcorp, comprend celui incriminant la compagnie dans la contamination de l’approvisionnement local en eau, celui stipulant qu’elle n’a pas consulté les communautés locales, qu’elle ne respecte pas les droits de l’homme, que les communautés autour de la mine sont touchées négativement, et qu’elle intimide l’opposition.

Goldcorp est l’une des nombreuses entreprises canadiennes opérantes actuellement en Amérique latine alors que les craintes concernant leur impact social et environnemental se font de plus en plus sentir dans cette partie du monde. Plus tôt cette année, la CIDH a été saisi d’un rapport rédigé par plus de 30 organisations de la société civile sur les 22 projets miniers à grande échelle de neuf pays d’Amérique latine (Marlin est parmi eux) , qui soutient qu’entre 50% et 70% de l’exploitation minière d’Amérique latine est maintenant détenue par des entreprises canadiennes et que les autorités du Canada, tout en étant conscient des projets mentionnés dans le rapport, continuent « à apporter un soutien politique, juridique et financier aux entreprises qui commettent ou tolèrent les violations des droits de l’homme. »

« L’exploitation des mines par le Canada a une très mauvaise réputation », quelqu’un au Guatemala, que je ne nommerai pas non plus, m’a dit : « Le Canada, c’est l’enfer. »

Traduction d’un article de The Guardian initialement publié le 12 août 2014.  

Auteur : David Hil

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