Masculinité, culture du viol et intoxication

Rap

Chers lecteurs/lectrices, cet article contient des discussions contenant de la violence sexuelle et d’autres choses qui peuvent être difficiles à lire pour certaines personnes. Merci de prendre cela en compte avant de démarrer la lecture, et soyez sûr.e.s que vous êtes au bon moment et au bon endroit pour ce genre d’analyse.

J’ai vu un panneau publicitaire lorsque je me déplaçais à vélo l’autre jour, qui faisait de la pub pour de l’alcool, du whisky me semble-t-il, qui disait : « c’est ce que les hommes font ». Le message m’a presque rassuré, cela voulait dire que je ne suis pas un homme, en quelque sorte. Les médias grand public encouragent les personnes s’identifiant en tant qu’hommes à affirmer leur masculinité à travers l’intoxication, en particulier la consommation d’alcool capitaliste. Cette affiche publicitaire pour le whisky que j’ai vu, parmi d’autres comme Budweiser qui utilise le ‘male-bonding’ (‘camaraderie virile’), toutes ces entreprises de bière qui montrent des hommes traitant les femmes comme des objets, et tant d’autres, montrent l’alcool en tant que thème commun créant des liens entre les hommes alors qu’ils participent à la plus virile des activités. Cela est-il surprenant de voir que l’alcool est presque toujours impliquée dans certaines pratiques les plus viriles – la violence sur les femmes, la violence conjugale, les attaques sexuelles, et le viol ? La relation entre l’intoxication, le genre et la violence est complexe. Une part significative de la violence liée au genre – en particulier la violence sexuelle et relationnelle sur les femmes – est commise par des hommes intoxiqués.

Bien entendu cela ne veut pas dire que l’intoxication cause la violence, mais il serait stupide d’ignorer la corrélation. Dans les interactions hétérosexuelles, les hommes qui ont appris à travers les médias et la culture pop à être des initiateurs et des séducteurs, utilisent l’alcool comme un outil pour dépasser la résistance de la conquête sexuelle désirée et aussi dépasser leur propre conscience. De la même manière, dans cette culture hautement puritaine où le sexe est vu comme quelque chose de négatif, beaucoup utilisent l’alcool uniquement pour dépasser cette honte d’avoir des désirs sexuels. Plus généralement, je pense que dans cette société la dépendance générale liée à l’alcool dans le procédé de trouver des partenaires et de coucher noircit notre sexualité, a un impact négatif dans notre communication, réduit notre capacité de donner et de recevoir en libre consentement, amoindrit la probabilité de pratiques sexuelles sans danger, et promeut la culture du viol. Quand cette dépendance, et tous ces dangers incorporés, sont liés aux notions patriarcales de la sexualité, parmi lesquelles le droit aux instincts masculins, la dynamique du chasseur et de la proie, et que ‘non’ veut dire ‘oui’, alors le résultat peut être ravageur.

En tant qu’homme, une partie de ma décision de vivre straight edge ou un mode de vie sobre contient le fait d’admettre que le patriarcat et la culture de l’intoxication marchent main dans la main. L’intoxication est utilisée comme excuse pour justifier (et légalement un facteur minimisant la poursuite judiciaire de l’inculpé) un grand nombre de comportements inacceptables, y compris les attaques sexuelles et le viol. De par ma propre expérience, beaucoup de gens que j’ai connu – en majorité des hommes – ont toujours eu un comportement très différent une fois intoxiqués, dans le sens où les oppressions sont directement renforcées (par exemple devenir soudainement ouvertement homophobe et misogyne dans un discours, plus agressif sexuellement etc), et utilisent le fait qu’ils étaient intoxiqués pour minimiser leur responsabilité dans ce genre de comportement. L’idée qu’être intoxiqué rend quelqu’un moins capable de prendre des décisions rationnelles et compatissantes devrait être suffisant pour refuser l’alcool et les drogues.

Cela dit, je veut être très clair que je n’accuse en aucun cas les victimes ; il n’y a absolument aucune excuse pour la violence sexuelle ou relationnelle, peu importe si le coupable ou la victime est intoxiqué.e. Je refuse d’utiliser l’intoxication de quelqu’un.e dans le but de réduire sa culpabilité pour des comportements inacceptables. Mais s’il y a une possibilité que boire ou prendre des drogues puissent augmenter, rien qu’un tout petit peu, le caractère violent ou abusif de quelqu’un, alors je considère que c’est plus que suffisant pour refuser ces substances. Si tu prends la décision d’être intoxiqué.e ou défoncé.e, et que tu trouves important de vivre tes idéaux le plus significativement possible, alors tu as besoin d’un plan qui se prouve efficace, pour toi et les autres, afin de te comporter correctement lorsque tu prends ces substances, que ce soit dans des situations sexuelles ou autres. Je veux rappeler que ceci n’existe pas seulement dans les soirées ‘grand public’, car les communautés radicales ou anarchistes subissent les mêmes effets. Un grand nombre de femmes dans nos communautés parlent de harcèlement sexuel, d’attaques et de viols par des hommes ‘radicaux’. Dans presque chaque incident que je connaisse, l’alcool a joué une part majeure. L’une de mes amies les plus proches a été harcelée sexuellement maintes et maintes fois par des hommes anarchistes intoxiqués qui parlent sérieusement d’antipatriarcat quand ils sont sobres. Chaque homme est un violeur potentiel. Oui, des hommes anarchistes, féministes, des hommes qui disent combattre le patriarcat ; cela veut dire que si nous voulons sérieusement être responsables et des alliés des femmes pour la lutte contre le sexisme, je pense sérieusement que nous devrions nous pencher grandement sur la question de l’intoxication. [1]

Ce modèle de changement de comportement lors de l’intoxication ne tombe pas toujours dans les règles de genre. Parfois des femmes profitent sexuellement des hommes intoxiqués ; d’autres fois l’intoxication des deux parts confuse le consentement ; parfois les participants ne rentrent pas dans les cases de genre et les dynamiques de pouvoir deviennent plus complexes. Le consentement confus basé sur l’alcool existe aussi dans les relations et interactions gays et lesbiennes, et il est parfois dur d’y échapper à cause de la mainmise que la culture d’intoxication a dans les communautés queer.

Bien que le conditionnement que les hommes reçoivent dans cette culture patriarcale du viol contribue à plus d’incidents où les hommes dépassent cette limite de consentement, chacun.e d’entre nous – hommes, femmes, transgenres et autres – ont la capacité de violer d’autres personnes. Cela dit nous avons aussi tous la capacité de devenir des alliés dans la lutte contre le patriarcat et de construire une société basée sur le consentement. Je pense qu’avec tout ce qui a été énoncé dans cet article, toutes les personnes dévouées à combattre la culture du viol et le patriarcat peuvent tirer des avantages de cette analyse sur les modèles d’intoxication, et ainsi trouver des moyens de se comporter aussi bien en étant intoxiqué qu’en étant sobre.

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Ceci est une précision apportée par l’auteur dans la dernière version de la brochure datant de 2014. Un grand merci à Câlins, pavés, paillettes pour la traduction de cette dernière.

Pour clarifier : je ne veux pas que ma concentration sur les hommes qui boivent de l’alcool et qui devraient examiner leur comportement sous-entende, faussement, que les mecs sobres seraient généralement hors d’affaire, ne seraient pas susceptibles d’agresser sexuellement, et n’auraient pas besoin d’examiner nos modèles de consentement et de sexualité. C’est terriblement élitiste, dans la manière dont cela met les hommes sobres (et spécialement moi) sur un niveau de culpabilité inférieur, et c’est également dangereux, dans l’idée que nous pourrions, d’une certaine manière, être moins vigilants vis à vis de notre capacité à violer les limites des autres. ChacunE d’entre nous, peu importe son genre, sa sexualité ou son usage de substance, a été élevé dans une culture du viol, et, en particulier les personnes socialisées en tant que mecs, ont été exposées à des messages nocifs autour de la masculinité et d’une sexualité violente. Bien que l’alcool, combiné aux liens tissés par les médias entre masculinité et ivresse, peut être utilisé par des hommes comme un outil pour faciliter la manifestation de cette culture du viol, choisir de boire ou de ne pas boire ne nous rend pas moins exposéEs à la socialisation que nous avons reçu, et n’enlève pas la nécessité de regarder de manière critique nôtre consentement et nôtre sexualité.

Traduction d’un chapitre extrait de la brochure « Towards a Less Fucked Up World: Sobriety and Anarchist Struggle » par xRiotFagx

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Une réflexion sur “Masculinité, culture du viol et intoxication

  1. « Parfois des femmes profitent sexuellement des hommes intoxiqués »
    j’ai pas trop aimé cette phrase, mais le reste est interessant 🙂

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