Interview d’une militante veganarchiste ‘drug free’

Ana

Rencontre avec « O », militante vegan, féministe, anarchiste, antifasciste… et sa décision de vivre un mode de vie complètement drug-free (sans drogues).

Q: Pour commencer, est-ce que tu voudrais nous expliquer un petit peu ton passé par rapport aux drogues et pourquoi tu as choisis de vivre désormais dans l’abstinence.

R: J’ai un passé relativement lourd de polytoxicomane, et j’ai dans un premier temps choisi d’arrêter pour des raisons de santé physique et mentale, mais les raisons politiques et éthiques m’ont « boostées » et m’ont données la force de devenir complètement abstinente.

Q: Comment pourrais-tu expliquer le lien entre ce mode de vie et tes positions politiques, que ce soit le véganisme, l’anarchisme, l’anti-capitalisme etc ?

R: L’anarchisme, étant une idéologie émancipatrice, et la consommation de drogues, qui dans la plupart des cas induit une dépendance plus ou moins forte, ne sont pas compatibles selon moi. Addiction et liberté ça ne va tout simplement pas ensemble !

De plus, la production de toutes ces substances, légales ou illégales, n’est pas du tout faite de manière éthique, que ce soit d’un point de vue humain ou environnemental. Pour ce qui est des drogues légales (NB : alcool et tabac), ces produits sont surtaxés et rapportent énormément d’argent à l’état (82% du prix total d’une bouteille d’alcool ou d’un paquet de tabac est reversé directement à l’état), et surtout aux multinationales qui s’engraissent sur la misère des gens, une fois de plus. Ils se frottent bien les mains là-haut, pendant qu’on se défonce au moins on ne fait pas la révolution ! Sans oublier que la plupart des tabacs sont testés sur les animaux.

Q: Est-ce que tu fais une différence entre les drogues dites ‘dures’ et les drogues considérées comme moins dangereuses (ex : cannabis) ? Et pourquoi tu choisis l’abstinence totale plutôt qu’une consommation modérée ?

R: A mon avis n’importe quel produit peut devenir une drogue dure, tout dépend de la quantité et de la fréquence de consommation (du contexte aussi je pense).

L’alcool est tout à fait comparable à l’héroïne ou à la cocaïne, c’est même pire vu qu’il est facile de s’en procurer, et pour pas cher. Ensuite je ne mets pas tous les consommateurs dans le même panier, on peut tout à fait consommer de manière récréative et occasionnel, donc sans grand danger, mais malheureusement bien souvent ce n’est pas le consommateur qui gère la drogue (ça c’est une illusion à laquelle beaucoup de drogués s’accrochent) mais plutôt l’inverse ! Je ne vais pas partir en croisade contre quelqu’un qui fume un joint une fois par an ou quelqu’un qui arrive à modérer sa consommation d’alcool mais je pense que le risque de devenir addict est grand et le jeu n’en vaut pas du tout la chandelle.

J’ai déjà essayé la modération et pour moi ça ne fonctionne pas du tout. Sans pour autant retomber exactement dans les même travers je me suis rendue compte que ça ne m’apportait d’une part pas grand chose d’en prendre même de temps à autre, je ne « savourais » plus, ça me rendait malade et en plus ça entretenait une certaine dépendance malgré tout.

Évidemment qu’il y a des différences entre les drogues et les consommateurs/trices mais en ce qui me concerne je ne vois pas l’intérêt d’en consommer de manière récréative, je trouve cela vain et inutilement risqué.

Q: Tu disais plus tôt que pour toi ‘addictions et anarchisme’ sont deux choses complètement contradictoires, si tu devais faire un état des lieux du mouvement anarchiste français par rapport aux drogues, quel serait-il ?

R: Je dirais que la situation est un peu paradoxale, étant donné que l’anarchisme devrait être un mouvement émancipateur. J’aurais probablement tenu des propos complètement différents il y a quelques années mais avec le recul je suis vraiment surprise qu’il n’y ait pas beaucoup plus de personnes abstinentes dans ce milieu. C’est même plutôt une majorité qui défend âprement la liberté de consommation de ces substances comme s’il s’agissait d’un droit tellement précieux !

Q: Crois-tu qu’il y a une évolution possible ou aurais-tu plutôt des pronostics pessimistes par rapport à la remise en question des anarchistes sur les questions d’addiction ? Et est-ce que tu considères la présence des drogues dans les lieux militants comme quelque chose de neutre, positif ou négatif ?

R: Je dois avouer que je suis plutôt pessimiste, il suffit de voir à quel point il est difficile d’aborder la question animale dans ces milieux, alors la consommation de drogues n’en parlons pas… Et l’impact sur l’activisme et les lieux militants est évidemment très négatif. Le temps passé à se défoncer est du temps perdu qui pourrait être utilisé à faire avancer les choses, à militer et à pousser des réflexions. Quelqu’un.e de drogué ne peut clairement rien faire de constructif et c’est un frein pour la lutte.

Q: En tant que personne qui a consommé de grandes quantités de drogues dans le passé, quels avantages et inconvénients trouves-tu dans ton mode de vie actuel ? Est-ce que parfois tu es tentée de renouer avec le passé et de t’évader l’esprit le temps d’une soirée ?

R: Je n’ai jamais été aussi heureuse que depuis que j’ai arrêté toutes ces merdes. Pas le moindre regret, j’ai trouvé des moyens bien plus sains et bien plus efficaces de m’évader (par exemple le sport) tout en gardant la maîtrise de mon corps et les idées claires, et c’est juste génial ! Et tellement plus pratique pour lutter.

Q: Quelques années en arrière est-ce que tu étais vraiment fermée sur ces questions d’abstinence/addictions ou est-ce que tu crois que c’était une évolution plus ou moins inévitable ?

R: Je voulais arrêter depuis des années mais lorsque l’on est dedans c’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire, ça peut même paraître impossible parfois. Je n’étais pas fermée à la question parce que je me rendais bien compte des ravages que ces substances causaient autour de moi, mais je ne sais pas si sans les motivations éthiques et politiques j’aurais franchi le pas.

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3 réflexions sur “Interview d’une militante veganarchiste ‘drug free’

  1. Le terme de « drogue dure » (et de drogue douce donc) n’existe pas, c’est un terme mainstream qui ne veut rien dire et qui n’arrête pas d’être repris. Un-e consommateur-rice peut se taper un rail de cocaine par an, ça n’aura pas les mêmes effets physiques et psychiques que quelqu’un qui fume du cannabis tous les jours.
    C’est donc un terme qui permet aux consommateur-ices de drogues légales ou moralement acceptées (comme le cannabis) de se sentir moins attaquées « puisqu’il y a pire ».

  2. les straigt edge sont souvent des personnes avec un passée de toxicomanie ou de jeune n’ayant j’amais consommé aucun alchool ou drogue.

    Je respecte énormément ce mouvement. J’ai moi même arrêté de consommé toute drogue durant 1 an et demi pour encourager mon ex-cojoint ayant des soucis de santé par rapport a sa consommation.

    Je me demande quel st votre opinion par rapport au gens qui boivent de façon modérée de l’alchool local et artisanale , comme c’est mon cas ?

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